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NaturaBuy victime d’une fuite de données

NaturaBuy confirme une cyberattaque : noms, adresses, téléphones et identifiants de membres ont été extraits, mots de passe chiffrés compris. Ni données bancaires ni numéros SIA, assure l’entreprise. Les réflexes à adopter sans attendre.

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Rubrique tir du site NaturaBuy, capture d’écran

Les membres de NaturaBuy ont reçu jeudi 11 septembre un e-mail que personne n’aime ouvrir. La grande place de marché française des armes, des munitions et de l’équipement outdoor y confirme avoir été victime d’une cyberattaque la veille, mercredi 10 septembre, et reconnaît que des données personnelles ont été extraites de ses serveurs. Noms, adresses, téléphones : la liste a de quoi faire tiquer les détenteurs, même si l’entreprise assure que ni les documents d’identité, ni les données bancaires, ni les numéros SIA n’ont été touchés. Le point sur ce que l’on sait, ce que l’on ignore, et surtout sur les réflexes à adopter sans attendre.

Ce que NaturaBuy reconnaît

Dans son communiqué, l’entreprise décrit une attaque « externe ciblée, menée avec des moyens particulièrement sophistiqués », détectée le 10 septembre par son système d’alerte et ses équipes. Le site a ensuite été volontairement mis hors ligne, le temps de finaliser un audit de sécurité, avant d’être remis en service une fois la vulnérabilité corrigée ; NaturaBuy ne détaille ni la faille exploitée ni le mode opératoire des attaquants. La plateforme indique avoir notifié la CNIL, comme le RGPD l’y oblige, et déposé plainte. La communication passe pour l’instant exclusivement par e-mail : au moment où nous écrivons ces lignes, la page d’accueil du site, de nouveau en ligne, n’affiche aucune mention de l’incident. C’est le site spécialisé FrenchBreaches, qui suit l’affaire depuis les premiers signalements, qui reproduit l’essentiel du communiqué adressé aux membres.

Ce qui a fuité, ce qui a été épargné

Les attaquants sont parvenus à extraire, selon l’entreprise, les nom, prénom, adresse e-mail, adresse postale, numéro de téléphone et identifiant NaturaBuy des membres concernés, ainsi que leur mot de passe stocké sous forme chiffrée (« crypté », écrit le communiqué, sans préciser la méthode ; c’est la robustesse de ce chiffrement qui déterminera le temps que ces mots de passe tiendront face aux pirates). N’ont en revanche pas été extraits, toujours selon NaturaBuy : les documents d’identité, les données bancaires et moyens de paiement, les numéros SIA, les numéros d’armes et le détail des commandes et des ventes. Pour les tireurs, c’est la moins mauvaise nouvelle du communiqué : ce sont précisément ces informations qui auraient transformé une fuite de fichier client en cartographie de râteliers. Restent les inconnues, et elles sont de taille : le nombre de membres concernés n’est pas communiqué, pas plus que la durée d’accès des attaquants ou leur identité. Ni l’entreprise ni FrenchBreaches ne font état, à ce stade, d’une publication ou d’une mise en vente des données.

Détenteurs : pourquoi cette fuite n’est pas anodine

Un fichier associant identités, adresses et téléphones à la qualité de membre d’une plateforme d’armes, c’est une liste de détenteurs probables : une donnée en or pour des cambrioleurs comme pour des escrocs, on l’a vu cet été en Gironde où des tireurs ont été cambriolés après des fuites de données. NaturaBuy en est manifestement conscient : la consigne la plus frappante du communiqué s’adresse aux détenteurs, appelés à une vigilance particulière face aux tentatives d’usurpation de l’identité des forces de l’ordre. L’entreprise rappelle que « la police, la gendarmerie ou les douanes ne se présenteront pas spontanément au domicile d’un particulier afin de récupérer ses armes ou ses munitions », et recommande, en cas d’appel suspect, de raccrocher puis de composer directement le 17. Le scénario redouté est facile à imaginer : un faux gendarme, au téléphone ou à la porte, muni de votre nom et de votre adresse, venu « contrôler » ou « saisir » vos armes. Face à un fichier détenu par des inconnus, la règle vaut d’être répétée : aucune démarche liée à vos armes ne se fait à l’improviste, le SIA et les procédures officielles passent par des canaux identifiés.

Les bons réflexes, dès maintenant

Premier chantier : le mot de passe. À la prochaine connexion, chaque membre sera invité à en choisir un nouveau, directement sur le site et à sa seule initiative. NaturaBuy insiste : « aucune demande de réinitialisation ne sera envoyée par e-mail ou par SMS ». Tout message de ce type se réclamant de la plateforme est donc un piège, à supprimer sans cliquer. Si le même mot de passe sert ailleurs, messagerie, banque ou autre site de vente, changez-le partout sans attendre. Deuxième chantier : les SMS. Pendant l’indisponibilité du site, des utilisateurs ont signalé des messages frauduleux, dont un prétendu paiement de 269 euros assorti d’un lien suspect ; NaturaBuy n’établit pas de lien entre ces SMS et l’attaque, mais la coïncidence invite à traiter avec la plus grande méfiance tout ce qui arrive par téléphone ou par e-mail en se réclamant de la plateforme, d’une banque ou d’une administration. Avec des identités, des adresses et des numéros en circulation, les campagnes d’hameçonnage à venir pourront être très crédibles ; le bon réflexe reste de ne jamais suivre un lien reçu et de taper soi-même l’adresse du site. L’ampleur exacte de la fuite reste à préciser et l’enquête ne fait que commencer : nous suivrons les suites de l’affaire, en particulier si les données venaient à circuler.

 

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Deux kalachnikovs en 48 heures sur l’axe franco-belge

Une AK chargée sous des vêtements de bébé à Bruxelles-Midi, six douilles de 7,62 mm sur une façade de Tourcoing : en 48 heures, deux affaires rappellent que les armes de guerre circulent des deux côtés de la frontière.

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Patrick H
Fusil d'assaut de type kalachnikov (AKM) présenté sous ses deux profils

Jeudi 3 septembre, 9 h 30, gare de Bruxelles-Midi. Un sac de sport intrigue les douaniers belges : trop lourd pour son apparence, porté par un voyageur au comportement fébrile qui descend de l’Eurostar. À l’intérieur, sous des vêtements de bébé, une kalachnikov approvisionnée de trente cartouches. Moins de vingt-quatre heures plus tard, à 110 km de là, le procureur de Lille détaille une autre saisie : l’AK-47 chargée retrouvée dans la voiture de trois Bruxellois de 19 ans, soupçonnés d’avoir mitraillé une façade de Tourcoing. Deux armes de guerre en 48 heures, de part et d’autre d’une frontière que les kalachnikovs semblent traverser aussi facilement que les navetteurs.

Trente cartouches sous les vêtements de bébé

À Bruxelles, c’est le poids inhabituel du sac qui a trahi son porteur, raconte le quotidien L’Avenir. Contrôlé par les douanes à la descente de son train, le jeune homme d’une vingtaine d’années a été interpellé dans le calme par une patrouille mixte associant la police des chemins de fer et des militaires, sans jamais avoir exhibé son arme. Le fusil, dissimulé sous des vêtements de bébé et d’enfant, était approvisionné de trente cartouches. Le suspect, qui voyageait seul et s’exprimait à peine en français, a d’abord déclaré arriver de Lille ; la presse belge évoque aussi un train en provenance de Mons, et son trajet exact reste à établir, tout comme ses intentions. Le ministre belge de l’Intérieur Bernard Quintin y voit la preuve que « le renforcement des patrouilles dans les gares avec l’aide de nos militaires est nécessaire », un dispositif qu’il plaide de poursuivre, voire d’étendre.

Six douilles de 7,62 mm à Tourcoing

Côté français, l’affaire est plus avancée. Dans la nuit du 30 au 31 août, une façade d’habitation de Tourcoing a essuyé des tirs d’arme de gros calibre ; six étuis de 7,62 mm ont été relevés sur place, sans qu’aucune victime ne soit à déplorer. Les suspects ont été interpellés dans la foulée et, vendredi 4 septembre, le procureur de Lille Samuel Finielz a annoncé leur mise en examen : trois jeunes gens « nés en 2007 », à peine majeurs, domiciliés à Bruxelles, poursuivis pour association de malfaiteurs en vue de préparer un ou plusieurs crimes, dont un homicide en bande organisée, dans un dossier ouvert « en connexité avec la Belgique ». Dans leur véhicule, les enquêteurs ont trouvé l’arme décrite par le magistrat comme « un fusil-mitrailleur, une arme de guerre de type AK-47, qui était chargée ». L’un des trois, également mis en examen pour complicité de tentative de meurtre en bande organisée et pour port et transport d’arme de guerre, a été placé en détention provisoire ; ses deux comparses sont sous contrôle judiciaire.

Un axe, deux directions

Rien n’indique à ce stade que les deux affaires soient liées. Mais leur simple juxtaposition dessine une géographie que policiers français et belges connaissent par cœur : des tireurs bruxellois à peine majeurs qui opèrent dans le Nord, un voyageur armé qui dit venir de Lille et se fait cueillir à Bruxelles. La capitale belge sort d’un été marqué par une vague de fusillades que la presse locale attribue à des représailles entre bandes rivales, et les armes automatiques y circulent avec une facilité déconcertante. La France n’est pas en reste : cet été encore, un Français a été arrêté avec trois missiles antichar dans sa camionnette, rappel que le marché noir des armes de guerre ne se limite pas aux pistolets de cave. Face à des flux qui empruntent l’Eurostar comme l’autoroute, les saisies de ce début septembre ressemblent moins à un coup de filet qu’à un échantillon.

Fusil-mitrailleur ? Pas exactement

Un mot, enfin, sur le vocabulaire du parquet, qui fera tiquer les tireurs : l’AK-47 n’est pas un « fusil-mitrailleur », arme d’appui conçue pour le tir soutenu sur bipied, mais bien un fusil d’assaut, l’avtomat imaginé par Mikhaïl Kalachnikov pour le combat d’infanterie. La confusion est ancienne, tenace, et nous lui avons déjà consacré un lexique. Elle ne change rien au fond du dossier : dans les deux affaires, il s’agit d’armes automatiques de guerre, strictement interdites aux civils, sans le moindre rapport avec les armes que les licenciés manipulent en stand sous le contrôle de leur fédération. Les enquêtes suivent leur cours des deux côtés de la frontière ; les prétoires de Lille et de Bruxelles diront ce que ces kalachnikovs faisaient là.

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Les stands des JO 2024 s’ouvrent à tous les licenciés

La FFTir ouvre les pas de tir olympiques du CNTS de Châteauroux à tous ses licenciés : huit dates cet automne, accès gratuit hors frais réels, réservation en ligne. Mode d’emploi.

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Yoan Duvel

Tirer à 10 m là où est tombée la toute première médaille des Jeux de Paris, s’aligner sur le pas de tir à 25 m des finales olympiques ou casser des plateaux sur les fosses qui ont sacré les champions de 2024 : ce n’est pas réservé aux équipes de France. La Fédération française de tir a publié ce mardi le calendrier d’automne de l’ouverture du Centre national de tir sportif de Châteauroux à ses licenciés, avec huit dates entre octobre et décembre. Mode d’emploi.

Un site olympique en libre accès

Le dispositif, détaillé dans l’annonce fédérale, couvre les quatre installations olympiques du site : les stands 10 m, 25 m, 50 m et le tir aux plateaux. L’accès est gratuit, moyennant une participation limitée aux frais réels ; les tireurs de plateaux devront en plus acquérir une carte à puce réutilisable de 15 euros, qui leur restera acquise. Une petite restauration accueille tireurs et accompagnants sur place.

Le cadre vaut le déplacement. Le CNTS est né sur l’ancien camp militaire de La Martinerie, à Déols dans l’Indre, dont la fédération a repris le terrain après la dissolution du régiment en 2012, avant d’inaugurer ses installations en 2018. À l’été 2024, le site a accueilli du 27 juillet au 5 août l’ensemble des épreuves olympiques de tir, 15 titres décernés, puis les épreuves de para-tir, qui ont fait de Châteauroux la seule ville hôte des Jeux paralympiques hors de la région parisienne. C’est même là qu’a été remis le tout premier podium des Jeux de Paris, celui de la carabine à 10 m par équipes mixtes, le 27 juillet 2024 au matin. Deux ans plus tard, n’importe quel licencié peut poser sa mallette sur ces pas de tir.

Huit dates cet automne

Après 24 jours d’ouverture au premier semestre, la fédération programme huit journées d’ici la fin de l’année, de 9 à 17 heures :

  • vendredi 23 et samedi 24 octobre ;
  • vendredi 13 et samedi 14 novembre ;
  • vendredi 27 et samedi 28 novembre ;
  • vendredi 4 et samedi 5 décembre.

Chaque journée se découpe en quatre créneaux de deux heures (9-11 h, 11-13 h, 13-15 h et 15-17 h), à réserver obligatoirement à l’avance via le formulaire en ligne dédié. Pas de réservation, pas de pas de tir : le site ne prend personne à l’improviste.

Venir à deux, et encadré

L’accès est réservé aux groupes de deux tireurs minimum. Pour le tir à la cible, chaque groupe doit compter au moins un arbitre FFTir, un titulaire du certificat CAC, un encadrant diplômé fédéral (BFA au minimum) ou un professionnel (CQP Moniteur de tir ou plus) : la fédération veut garantir la sécurité au pas de tir sans mobiliser de personnel dédié. Car le CNTS n’est pas un club, et l’annonce le dit sans détour : aucune initiation, aucun entraînement accompagné, aucune location d’armes ni vente de munitions sur place. On vient avec son matériel, ses cartouches et son encadrement.

Les amateurs de longue distance devront patienter : le stand 200, 300 et 600 m, endommagé par les intempéries, rouvrira aux licenciés « à terme », une fois les réparations achevées.

Châteauroux, camp de base du tir français

Cette ouverture au public licencié confirme le rôle central du site berrichon, où s’est déjà tenu en juin le championnat de France de tir aux armes réglementaires et où le salon Tir Expo revient les 3 et 4 octobre. Pour une fédération qui vient de franchir le cap des 300 000 licenciés, offrir à chacun d’eux les pas de tir des Jeux est un joli symbole de rentrée. Reste à composer son groupe, trouver son encadrant et cliquer avant que les créneaux d’automne n’affichent complet.

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Chevaline : le pistolet du lac n’est pas l’arme du crime

Deux baigneurs ont remonté un Luger par deux mètres de fond, face au camping où séjournait la famille al-Hilli. Quatorze ans après la tuerie, les enquêteurs tranchent : ce n’est pas l’arme du crime.

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Yoan Duvel
Pistolet Parabellum 06/29 suisse de 1935 avec plaquettes de crosse rouges en canevasite

Ils cherchaient la fraîcheur, ils ont remonté une énigme. Le 20 août, deux touristes britanniques qui se baignaient dans le lac d’Annecy ont buté, par moins de deux mètres de fond, sur un pistolet. Pas n’importe lequel : un Luger. Et pas n’importe où : face au camping Le Solitaire du Lac, à Saint-Jorioz, celui-là même où séjournait la famille al-Hilli au début de septembre 2012, quelques jours avant d’être exécutée sur un parking forestier au-dessus de Chevaline. Le parquet de Nanterre a confirmé la découverte lundi 31 août au soir. Mais quatorze ans jour pour jour après une tuerie que la France entière connaît et que personne n’a élucidée, le suspense aura duré moins de deux semaines : contactés par RTL, les enquêteurs de la section de recherches de Chambéry sont formels. « Ce n’est pas l’arme du crime. »

Deux mètres d’eau et un troublant hasard

La zone n’a rien d’un abîme : une bande littorale où l’on a pied, fréquentée tout l’été par les baigneurs. C’est pourtant là que dormait le pistolet, à une dizaine de kilomètres du parking du Martinet, la scène de crime de 2012. Les deux vacanciers ont remis leur trouvaille aux gendarmes. L’arme, restée immergée on ne sait combien de temps, est décrite comme sérieusement dégradée par son séjour dans l’eau, mais « digne d’intérêt » : assez, en tout cas, pour que le pôle des crimes sériels ou non élucidés de Nanterre, qui instruit le dossier depuis septembre 2022, la transmette à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) pour identification formelle.

Prudence maximale, cependant, du côté des enquêteurs. Car si le lieu de la découverte a de quoi troubler, l’objet, lui, colle mal. Selon les premières constatations révélées cette semaine, puis précisées auprès de RTL, le pistolet du lac est un P08 en 9 mm, le Parabellum allemand. Or ce n’est pas un P08 que l’enquête traque depuis quatorze ans.

06/29 ou P08 : le détail qui change tout

Pistolet Parabellum 06/29 suisse de 1935 avec plaquettes de crosse rouges en canevasite
Un Parabellum 06/29 suisse de 1935, avec ses plaquettes de crosse rouges en canevasite. Photo : Hmaag / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Dès 2012, les douilles ramassées sur le parking et les fragments de plaquette de crosse abandonnés par l’arme ont parlé : le tueur a fait feu avec un Parabellum modèle 06/29, la déclinaison helvétique du Luger, fabriquée par la Waffenfabrik de Berne à partir de 1933 et chambrée en 7,65 Parabellum. Surtout, les fragments retrouvés étaient d’un rouge caractéristique : celui de la canevasite, un matériau synthétique réputé fragile qui équipa les plaquettes de crosse des 06/29 jusqu’en 1939. Selon Le Dauphiné Libéré, 7 680 exemplaires seulement en furent dotés. C’est cet indice, presque un numéro de série collectif, qui a conduit la juge Sabine Khéris à faire recenser depuis 2023 les détenteurs de P06 en 7,65 Parabellum.

Le P08, lui, est un autre animal : adopté par l’armée allemande en 1908, produit à des millions d’exemplaires, chambré pour l’essentiel en 9 mm Parabellum, plaquettes de bois quadrillé. Même genouillère, même silhouette pour un œil pressé, mais ni le bon calibre ni les bonnes plaquettes, ni même le bon canon : 120 mm sur le modèle suisse, 100 sur l’allemand, un écart de deux centimètres qui se voit, rappelle sur RTL Robin Thétaz, ancien gendarme suisse et collectionneur de Luger. Autant de détails qui expliquent que la section de recherches de Chambéry ait déjà tranché.

Quatorze ans d’énigme

Le 5 septembre 2012, sur le parking du Martinet, au bout d’une route forestière au-dessus de Chevaline, quatre personnes sont abattues de 21 coups de feu : Saad al-Hilli, ingénieur britannique de 50 ans, son épouse Iqbal, 47 ans, la mère de celle-ci, 74 ans, et Sylvain Mollier, cycliste de 45 ans qui a eu le malheur de passer là. Les deux filles du couple survivent : l’aînée, grièvement blessée, et la cadette, passée inaperçue des premiers secours, qui ne sera découverte que huit heures plus tard, indemne, blottie contre sa mère dans la voiture. Mobile inconnu, tueur inconnu : quatorze ans d’hypothèses successives, et un dossier transmis en septembre 2022 au pôle cold cases de Nanterre après le dessaisissement d’Annecy.

L’arme du crime, elle, n’a jamais été retrouvée. C’est précisément ce qui rend la trouvaille du 20 août si troublante : un Luger, dans le lac, face au camping des victimes. Trop beau, de fait. Les lacs recueillent depuis toujours des armes dont on veut se défaire, héritages encombrants, pièces volées, souvenirs de guerre, et toutes ne sont pas des pièces à conviction.

Ce que le lac peut encore dire

La messe n’est pas dite pour autant : le 3 septembre, le parquet de Nanterre a ordonné une expertise officielle pour écarter jusqu’au dernier doute. L’IRCGN sait faire parler les armes immergées : identification formelle du modèle, lecture du numéro de série sous la corrosion, comparaison des rayures du canon avec les projectiles de 2012 si l’état du tube le permet. Sauf immense surprise, le pistolet des baigneurs rejoindra la longue liste des fausses pistes d’un dossier qui en regorge, et le 06/29 aux plaquettes rouges courra toujours. Quelque part, dans un tiroir, une collection ou une vase plus profonde, se cache encore la clé de l’un des cold cases les plus scrutés de France.

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