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The Winchester Book 

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La première édition de l’ouvrage de George Madis parut en 1961, l’usine de la Winchester Repeating Arms Company à New Haven n’était pas encore transformée en logements et la qualité des fabrications ne subissait pas les contraintes de la rentabilité. Dès lors, les bibliothèques des collectionneurs s’enrichirent d’un nouveau livre que l’auteur mettra à jour jusqu’en 1985. Parmi les sources documentaires, certaines proviennent de la firme Winchester mais également des collectionneurs, majoritairement américains, et l’auteur a recueilli les témoignages d’employés de la WRACo de la première partie du XXe siècle. Toutes les armes sont passées en revue, depuis les précurseurs jusqu’aux armes à levier de sous-garde, à verrou, à bloc tombant, à pompe ou encore semi-automatiques et même les revolvers au chap. 30, curieusement absent de la table des matières.

Pour identifier son arme, le lecteur utilise le texte principal ainsi que les légendes des nombreuses photos illustrant l’ouvrage. Bien que leur qualité ne corresponde plus aux normes actuelles (haute définition, gros plans, couleur, etc.), elles permettent de découvrir la richesse de la production de la WRACo, qui proposait un vaste choix d’options pour les crosses, les canons, les instruments de visée, les plaques de couche, les systèmes de détente, les motifs de gravure ou les magasins. Le but était de satisfaire les desiderata du client… ce qui complique l’identification exacte pour le collectionneur d’aujourd’hui si, en fonction du numéro de série, il désire en connaître l’année de fabrication de son arme. Des tables couvrent tous les modèles fabriqués par la WRACo. Elles furent enrichies ensuite par la publication de documents dits « Serial Number Reference ».

Les lecteurs francophones ont eu à disposition le livre d’Yves L. Cadiou « La légende Winchester », établi selon la même démarche mais épuisé. Dans un but de simplification, George Madis a ensuite publié « The Winchester Handbook », un condensé présenté sous un format moins volumineux. « The Winchester Book » s’adresse particulièrement aux collectionneurs et comporte des chapitres consacrés à chaque modèle ou type d’accessoires produits. En complément des illustrations, de nombreux dessins et lithographies représentant des scènes de chasse ou de l’épopée de l’Ouest permettent de replacer les armes Winchester dans leur contexte historique.

Si « The Winchester Book » a longtemps constitué « le » livre de référence, sont apparues depuis diverses monographies sur certains modèles tels la 1885 Single Shot, la 1894 ou les 1895, plus complets sur de nombreux aspects historiques et techniques.

The Winchester Book, George Madis, Art & Reference House, Brownsboro, Texas

La légende Winchester, Yves L. Cadiou, Editions du Portail

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Un Panzer IV de 1943 va être vendu aux enchères (est. 2,4M$)

Le 21 août 2026, Rock Island Auction met aux enchères un authentique Panzer IV Ausf. H de 1943, estimé jusqu’à 2,4 millions de dollars. Capturé par les Soviétiques puis par Israël, c’est l’un des deux seuls connus aux États-Unis.

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David Hemda
Char allemand Panzerkampfwagen IV Ausf. H de 1943 mis aux encheres par Rock Island Auction Company

Ce n’est ni une réplique, ni un véhicule fabriqué pour le cinéma. Le 21 août 2026, à Bedford, au Texas, Rock Island Auction Company mettra aux enchères un authentique Panzerkampfwagen IV Ausf. H construit en 1943.

Son estimation est spectaculaire : entre 1,5 et 2,4 millions de dollars. Mais ce qui rend ce char réellement exceptionnel, c’est son histoire. Construit pour l’armée allemande, capturé par les Soviétiques, utilisé ensuite par la Tchécoslovaquie, vendu à la Syrie puis capturé une seconde fois par Israël, il a traversé plusieurs décennies de conflits avant de rejoindre les États-Unis.

Un Panzer IV construit en pleine Seconde Guerre mondiale

Le char porte le numéro de châssis 85575. Selon Rock Island Auction Company, il a été assemblé entre juillet et août 1943 dans l’usine Nibelungenwerk.

Il s’agit d’un Panzer IV Ausf. H, l’une des versions les plus abouties du célèbre char moyen allemand. Un peu plus de 2 300 exemplaires de cette variante auraient été produits entre juin 1943 et février 1944. Au total, environ 8 500 Panzer IV, toutes versions confondues, furent fabriqués avant la fin de la guerre.

Le Panzer IV avait initialement été conçu comme char d’appui à l’infanterie. Mais l’évolution rapide des combats blindés força les Allemands à l’équiper d’un armement de plus en plus puissant, jusqu’à en faire l’un des principaux chars de bataille de la Wehrmacht.

25 tonnes, un V12 de 300 chevaux et un canon de 75 mm

Le modèle vendu mesure environ 7 mètres de long, canon compris, pour 2,87 mètres de large et environ 2,67 mètres de haut. Son poids approche les 25 tonnes.

Sous le blindage se trouve un moteur essence Maybach HL 120 TRM, un V12 de 11,867 litres développant environ 300 chevaux. De quoi propulser l’engin à près de 42 km/h, pour une autonomie d’environ 190 kilomètres.

Son armement principal est un canon de 75 mm KwK 40 L/48, capable à l’époque de combattre des blindés adverses bien plus efficacement que les premiers Panzer IV équipés d’un canon court. Le canon de l’exemplaire vendu est aujourd’hui neutralisé.

Capturé par l’Armée rouge

Selon la provenance fournie avec le véhicule, ce Panzer IV a été capturé aux forces allemandes par l’armée soviétique sur le front de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale.

Contrairement à la majorité des blindés allemands détruits, abandonnés ou ferraillés après le conflit, celui-ci a survécu.

Après la guerre, il aurait été reconstruit dans l’usine ČKD Praha, puis transféré en 1949 au 1er régiment de chars tchécoslovaque.

Son parcours aurait déjà été remarquable s’il s’était arrêté là. Mais le même char allait encore connaître un autre conflit.

Vendu à la Syrie dans les années 1950

Dans les années 1950, le Panzer IV est acheté par la Syrie, qui renforce alors ses forces blindées avec des véhicules provenant de plusieurs pays européens.

Le char conserve d’ailleurs des modifications d’époque, dont un anneau installé autour de la tourelle pour recevoir une mitrailleuse antiaérienne soviétique DShK (non fournie avec le véhicule).

Puis arrive juin 1967 et la guerre des Six Jours.

Le Panzer IV est déployé du côté syrien avant d’être capturé par les forces israéliennes sur le plateau du Golan. Rock Island indique que les combats de 1967 constituent le dernier engagement connu de Panzer IV au combat.

Autrement dit, un char construit en Allemagne en 1943 combattait encore près de 24 ans plus tard au Moyen-Orient.

Utilisé ensuite par Israël

Après sa capture, le véhicule aurait servi comme char d’entraînement au sein de l’armée israélienne, avant d’intégrer le musée des blindés de Latrun.

En 1993, il est acquis par le collectionneur américain William Gasser et importé aux États-Unis. Il rejoint alors l’American Armoured Foundation Tank Museum de Danville, en Virginie, où il restera exposé et conservé à l’intérieur pendant plusieurs décennies.

Plus de 80 ans après sa fabrication, il va désormais changer une nouvelle fois de propriétaire.

L’un des deux seuls Panzer IV connus aux États-Unis

C’est probablement le détail qui explique le niveau de son estimation.

Selon Rock Island Auction Company, seuls deux Panzer IV sont actuellement connus aux États-Unis. Le second, également un Ausf. H, appartient au Flying Heritage & Combat Armor Museum, à Everett, dans l’État de Washington.

Le char vendu le 21 août serait donc le seul Panzer IV actuellement connu aux États-Unis disponible à l’achat par le public. Pour un collectionneur de véhicules militaires, l’occasion est particulièrement rare.

Peut-il encore rouler ?

Il faut ici être prudent.

Rock Island indique que le véhicule présente un état de conservation remarquable pour un char de cette époque et que la tourelle peut toujours être manœuvrée à la main.

En revanche, le moteur et les autres systèmes mécaniques n’ont pas été testés. Il est donc impossible d’affirmer que le Panzer peut actuellement démarrer et rouler sans remise en état.

Le char conserve néanmoins de nombreux éléments intérieurs : instruments, optiques et une partie de l’équipement radio. Plusieurs accessoires sont également fournis séparément, dont des maillons de chenille, deux radios, un carburateur Solex, une roue, une génératrice, des outils et une trousse de secours d’époque.

Jusqu’à 2,4 millions de dollars

Le Panzer IV sera proposé comme lot n°275, le 21 août 2026 à Bedford, au Texas. Son estimation officielle est comprise entre 1 500 000 et 2 400 000 dollars. Une somme considérable pour un véhicule de plus de 80 ans.

Mais son futur propriétaire n’achètera pas simplement un vieux char allemand. Il achètera un véhicule construit en pleine Seconde Guerre mondiale, capturé par l’URSS, passé par l’armée tchécoslovaque, vendu à la Syrie, capturé une deuxième fois par Israël puis conservé pendant plusieurs décennies aux États-Unis.

Un morceau de 25 tonnes d’histoire militaire, et l’un des très rares Panzer IV qu’un particulier puisse encore espérer acquérir.

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Le fusil le plus cher du monde vendu 5,9 millions de dollars

Le 27 juin 2026, le fusil Henry numéro 1, offert au secrétaire à la Guerre de Lincoln, a été adjugé 5,875 millions de dollars : un record mondial pour un fusil aux enchères. Retour sur une arme hors norme.

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David Hemda
Fusil Henry a levier de sous-garde, modele 1860, cadre en laiton

Un fusil ancien, une gravure discrète et un simple numéro frappé sur le canon : 1.

Le 27 juin 2026, cette arme a été adjugée aux États-Unis pour 5,875 millions de dollars, établissant un nouveau record mondial pour un fusil vendu aux enchères. Son estimation initiale était pourtant comprise entre 1,6 et 3,5 millions de dollars.

À première vue, ce Henry à levier de sous-garde ressemble à une très belle arme du XIXᵉ siècle. Mais pour les collectionneurs, il représente bien davantage : il serait à la fois le premier Henry de production, l’ancêtre direct des Winchester et l’une des dernières armes encore accessibles liées au gouvernement d’Abraham Lincoln.

Cinq millions de dollars, avant les frais

La vente s’est déroulée à Bedford, au Texas, lors de « The American Sale », une vente organisée par Rock Island Auction Company pour célébrer les 250 ans des États-Unis.

Les enchères ont atteint 5 millions de dollars au marteau. Une fois les frais ajoutés, le prix réellement payé s’est élevé à 5,875 millions de dollars, soit bien au-delà du précédent record mondial pour un fusil vendu aux enchères.

Ce montant égale également le prix au marteau atteint par le Colt Single Action Army associé à la mort de Billy the Kid, présenté par la maison de ventes comme l’une des armes les plus chères de l’histoire.

Mais pourquoi un collectionneur a-t-il accepté de dépenser une telle somme pour ce fusil ?

Le numéro de série qui change tout

Le premier élément se trouve sur le canon, juste devant la culasse : le chiffre 1.

Il ne s’agit pas d’un numéro symbolique ajouté ultérieurement. Selon Rock Island Auction Company, cette arme est le premier exemplaire de production du fusil Henry, l’une des premières armes à répétition réellement efficaces utilisant une cartouche métallique autonome.

Dans le monde de la collection, le numéro de série 1 d’un modèle important possède déjà une valeur considérable. Ici, ce numéro marque en plus le commencement d’une lignée qui donnera naissance à quelques-unes des armes américaines les plus célèbres.

Le système avait été développé par Benjamin Tyler Henry, dont le brevet fut accordé le 16 octobre 1860. L’arme utilisait une cartouche métallique à percussion annulaire de calibre .44, nettement plus fiable et performante que les précédentes munitions du système Volcanic.

Environ 14 000 fusils Henry furent fabriqués entre 1860 et 1866 par la New Haven Arms Company. Le Henry est aujourd’hui considéré comme le premier fusil à répétition à levier véritablement pratique et comme le prédécesseur direct des Winchester.

Le premier Winchester, avant même la naissance de Winchester

À l’époque de sa fabrication, la Winchester Repeating Arms Company n’existait pas encore sous ce nom.

L’entrepreneur Oliver Winchester avait pris le contrôle de la Volcanic Repeating Arms Company, avant de la réorganiser sous le nom de New Haven Arms Company. C’est cette société qui développa et produisit le Henry.

En 1866, l’entreprise devint officiellement la Winchester Repeating Arms Company. Le mécanisme du Henry fut alors amélioré pour donner naissance au Winchester Model 1866, puis aux célèbres modèles 1873, 1876, 1886, 1892 et 1894.

La numérotation n’ayant pas été recommencée lors de cette évolution, certains collectionneurs considèrent aujourd’hui le Henry numéro 1 comme le tout premier Winchester de l’histoire, même si le nom Winchester ne figurait pas encore sur l’arme.

Ce fusil ne représente donc pas seulement le début d’un modèle. Il matérialise la naissance d’une dynastie industrielle devenue indissociable de la conquête de l’Ouest et de la culture américaine.

Une arme offerte au bras droit d’Abraham Lincoln

Son numéro de série ne suffit cependant pas à expliquer les 5,9 millions de dollars.

Cette arme avait été spécialement préparée pour Edwin M. Stanton, secrétaire à la Guerre d’Abraham Lincoln durant la guerre de Sécession. Stanton supervisait une grande partie de l’effort militaire de l’Union et occupait une position centrale dans les décisions concernant l’équipement des forces armées.

À cette époque, les fabricants offraient régulièrement des armes richement décorées aux personnalités susceptibles de favoriser l’obtention de contrats publics.

La New Haven Arms Company cherchait justement à convaincre le gouvernement d’adopter son nouveau fusil à répétition. Plusieurs exemplaires de prestige furent donc remis à des membres particulièrement influents de l’administration.

Trois d’entre eux sont aujourd’hui surnommés les « Lincoln Cabinet guns » :

  • le numéro 1, offert à Edwin Stanton ;
  • le numéro 6, offert au président Abraham Lincoln ;
  • le numéro 9, offert au secrétaire à la Marine Gideon Welles.

Le fusil de Lincoln est aujourd’hui conservé au Smithsonian National Museum of American History. Celui de Gideon Welles appartient à l’Autry Museum of the American West. Le numéro 1 de Stanton était donc le seul des trois encore disponible sur le marché privé.

Un fusil conçu comme un cadeau d’État

Le Henry de Stanton n’est pas une arme militaire ordinaire sortie directement d’une caisse.

Son boîtier et sa plaque de couche en laiton argenté sont recouverts de fines gravures végétales réalisées en usine par Samuel J. Hoggson. Sur le côté gauche apparaît l’inscription :

« EDWIN M. STANTON / Secretary of War »

Le fusil possède également une crosse en palissandre verni, un canon octogonal et plusieurs caractéristiques propres aux tout premiers exemplaires produits.

Son état de conservation a fortement participé à sa valeur. L’arme ne possède pas seulement une histoire exceptionnelle : elle conserve encore les éléments permettant de l’identifier comme une pièce de présentation officielle fabriquée aux débuts du Henry.

Retrouvé chez les descendants de Stanton

Le fusil serait resté dans la famille d’Edwin Stanton pendant plus d’un siècle.

Il fut redécouvert à la fin des années 1960 par le marchand et collectionneur Arnold « Big » Marcus Chernoff, qui l’obtint auprès des descendants de Stanton. Il fut ensuite étudié, exposé et présenté dans plusieurs ouvrages spécialisés consacrés aux Winchester et aux armes gravées.

Cette provenance continue est essentielle. Dans le domaine des armes historiques, une histoire spectaculaire ne suffit pas : il faut encore pouvoir démontrer que l’objet est bien celui qu’il prétend être.

Dans le cas du Henry numéro 1, le numéro de série, l’inscription, les caractéristiques de fabrication, l’historique familial et les nombreuses publications consacrées à l’arme forment un ensemble particulièrement difficile à reproduire.

Ce que l’acheteur a réellement payé

Le nouveau propriétaire n’a donc pas simplement acheté un fusil ancien capable de tirer une cartouche de calibre .44.

Il a acheté simultanément :

  • le premier exemplaire de production d’une arme révolutionnaire ;
  • l’origine de la lignée des Winchester à levier ;
  • une pièce liée au gouvernement d’Abraham Lincoln ;
  • le seul « Lincoln Cabinet gun » encore disponible pour les collectionneurs ;
  • une arme gravée et personnalisée pour le secrétaire à la Guerre ;
  • un objet resté dans un état de conservation exceptionnel.

Chacun de ces éléments aurait déjà pu rendre une arme très recherchée. Leur réunion dans un seul et même objet explique pourquoi les enchères ont largement dépassé l’estimation comprise entre 1,6 et 3,5 millions de dollars.

À 5,875 millions de dollars, ce Henry devient officiellement le fusil le plus cher jamais vendu aux enchères.

Une somme vertigineuse pour une arme vieille de plus de 160 ans, mais surtout pour un simple chiffre frappé dans l’acier : le numéro 1.

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Haïti : un arsenal du XVIIIe siècle dormait sous une église

Neuf fusils et onze pistolets exhumés par hasard dans la cour d’une église de Grande-Rivière-du-Nord, berceau de la révolution haïtienne. Le Bureau national d’ethnologie enquête sur un possible arsenal d’avant 1804.

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La rédac
Mission du BNE à Grande-Rivière-du-Nord après la découverte des armes anciennes

Une simple tranchée de chantier, et deux siècles d’histoire qui remontent à la surface. Mardi 14 juillet, dans la cour de l’Église baptiste conservatrice de Grande-Rivière-du-Nord, dans le département du Nord d’Haïti, des ouvriers occupés à des travaux de terrassement ont buté sur du métal. Au fond d’une fosse, soigneusement regroupées : vingt armes à feu, dont l’allure ne laissait guère de doute sur leur âge. Les premières expertises évoquent des armes réglementaires de marine ou d’infanterie de la fin du XVIIIe siècle. Autrement dit, peut-être, des témoins directs de la seule révolte d’esclaves victorieuse de l’histoire moderne.

Neuf fusils, onze pistolets

Le bilan de l’inventaire préliminaire est précis : neuf fusils de type mousquet et onze armes de poing, accompagnés d’objets métalliques divers et de fragments de poterie et de faïence. Les vidéos de l’exhumation ont immédiatement circulé sur les réseaux sociaux haïtiens, obligeant les institutions à réagir vite. Dès le jeudi 16 juillet, le Bureau national d’ethnologie (BNE) dépêchait sur place une mission d’urgence conduite par son directeur général Erol Josué, accompagné de l’archéologue Joseph Sony Jean et d’une équipe technique.

Le ministère haïtien de la Culture et de la Communication a confirmé l’intérêt de la trouvaille dans un communiqué publié le jour même :

« Les observations préliminaires indiquent que certaines de ces armes présentent des caractéristiques compatibles avec des armes de marine ou d’infanterie de la fin du XVIIIe siècle. »

Selon le ministère, une partie du dépôt pourrait remonter à la période précédant l’indépendance du pays, proclamée le 1er janvier 1804. Les autorités restent prudentes : seules des analyses approfondies permettront d’établir une datation et une origine fermes.

Des silex de deux empires ?

Pour un amateur d’armes anciennes, la formule « marine ou infanterie, fin XVIIIe » ouvre des perspectives très concrètes. À Saint-Domingue, dans les années 1790, circulaient principalement trois familles d’armes d’épaule à silex : le fusil d’infanterie français modèle 1777 et ses déclinaisons (calibre 17,5 mm), dont les versions destinées à la marine, reconnaissables à leurs garnitures en laiton choisies pour résister aux embruns ; le Brown Bess britannique (environ 19 mm), présent en nombre pendant l’occupation d’une partie des ports de la colonie par Londres entre 1793 et 1798 ; et des fusils espagnols, livrés aux insurgés depuis la partie orientale de l’île. Côté armes de poing, les pistolets réglementaires de marine et de cavalerie complétaient le tableau.

Si la datation se confirme, les onze pistolets retrouvés dans une même fosse constitueraient un ensemble particulièrement rare : les armes de poing réglementaires de cette période sont bien plus difficiles à trouver en fouille que les fusils. Mais tant que les marquages n’auront pas parlé (poinçons de manufacture, tampons d’arsenal, marques de propriété), toutes les hypothèses restent ouvertes. L’état du métal après plus de deux siècles dans un sol tropical humide sera l’autre grande inconnue : c’est lui qui décidera de ce que les conservateurs pourront réellement lire sur ces armes.

Le sol le plus chargé d’histoire d’Haïti

Le lieu de la découverte est tout sauf anodin. Grande-Rivière-du-Nord est l’un des berceaux de la révolution haïtienne. C’est aux portes de la ville, sur l’habitation Cormiers, qu’est né vers 1758 Jean-Jacques Dessalines, le fondateur de l’État haïtien. C’est dans les mornes qui dominent la commune que se sont organisés, dès l’automne 1791, les premiers grands camps insurgés de Jean-François et de Biassou, ceux-là mêmes que rejoint un certain Toussaint Louverture au début de l’insurrection. Et c’est à une vingtaine de kilomètres de là, à Vertières, que se joue le 18 novembre 1803 la bataille décisive qui chasse l’armée expéditionnaire française et ouvre la voie à l’indépendance, six semaines plus tard.

Un détail relevé par la presse haïtienne ajoute encore à l’intérêt du site : selon le média Vant Bèf Info, le terrain de l’église correspondrait à l’emplacement présumé d’un ancien fort. Une piste que les archéologues devront confirmer, mais qui donnerait une cohérence immédiate à la présence d’un dépôt d’armes organisé à cet endroit précis.

Pourquoi vingt armes dans une fosse ?

C’est la question qui fait tout le sel de l’affaire. Une vingtaine d’armes regroupées dans une même fosse, ce n’est ni une perte isolée ni le résidu dispersé d’un combat : c’est un geste délibéré. Plusieurs scénarios sont sur la table. Celui d’une cache d’armes constituée pendant les troubles, puis jamais récupérée par ceux qui l’avaient enfouie. Celui d’un râtelier ou d’une réserve appartenant à l’ouvrage fortifié supposé, enseveli lors d’un repli ou d’un démantèlement. Ou celui d’un enfouissement plus tardif, pour soustraire ces armes à une réquisition ou simplement s’en débarrasser. Les autorités haïtiennes ont d’ailleurs annoncé que les circonstances de l’enfouissement feraient l’objet d’une étude à part entière, au même titre que les armes elles-mêmes.

Ce qui attend les fusils

Sur place, l’équipe du BNE a documenté les pièces, engagé les premières analyses et rencontré le maire de la commune, Jovenel Jean, ainsi que les responsables de l’église, pour organiser la protection du site contre les manipulations et les pillages. La suite du programme est classique mais lourde : stabilisation des métaux, datation, identification des marquages, puis étude des archives pour croiser l’objet et le document. Le Bureau plaide aussi pour la création d’un centre d’interprétation du patrimoine dans la commune.

« Cette découverte n’est pas seulement archéologique. C’est une occasion de lancer de nouvelles recherches ethnographiques et archéologiques sur la contribution de Grande-Rivière-du-Nord à l’histoire d’Haïti », souligne le BNE.

Si les analyses confirment les premières observations, ces neuf fusils et ces onze pistolets rejoindront le cercle très restreint des témoins matériels directs de la naissance de la première république noire de l’histoire. Des armes qui, après avoir peut-être servi à conquérir une liberté, auront passé 220 ans sous la cour d’une église. On suivra le dossier de près.

D’après les communiqués du Bureau national d’ethnologie et du ministère haïtien de la Culture et de la Communication, relayés par AlterPresse, The Haitian Times, Vant Bèf Info et InfoHaïti (16 au 18 juillet 2026).

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