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Glocks contrefaits : plus de 230 armes saisies en un mois en France

Sept membres d’un réseau turc mis en examen à Versailles après la saisie de 47 pistolets neufs et de 120 000 euros à Mantes-la-Jolie. Avec l’Ain et la gare de Lyon, la filière des Glocks contrefaits a perdu plus de 230 armes en un mois.

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Dizaines de pistolets neufs, chargeurs et liasses de billets exposés sur une table devant l'écusson de la BRB de Versailles

Un sac à dos et deux cartons, ouverts au petit matin du mardi 15 septembre à Mantes-la-Jolie et à Limay : à l’intérieur, 47 pistolets de calibre 9 mm, neufs, encore dans leur emballage d’origine. La brigade de répression du banditisme (BRB) de Versailles venait de porter un nouveau coup à la filière turque des contrefaçons de Glock, une semaine à peine après l’interception spectaculaire de 150 armes dans l’Ain. Au cumul des saisies rattachées à ce courant d’approvisionnement depuis la fin août, la France a retiré du marché noir plus de 230 pistolets en moins d’un mois.

47 pistolets, 120 000 euros, sept mises en examen

Le bilan de l’opération des Yvelines, détaillé dans un communiqué du procureur de la République de Versailles Jean-David Cavaillé et révélé par le média police-justice Actu17, donne la mesure du trafic : outre les 47 pistolets, les enquêteurs ont saisi huit chargeurs de trente cartouches, sept « switchs », ces dispositifs qui transforment un pistolet en arme automatique, plus de 120 000 euros en espèces et cinq véhicules. Sept ressortissants turcs, âgés de 25 à 35 ans, ont été interpellés puis placés en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire de Versailles, où ils ont reconnu les faits.

Déférés vendredi devant un juge d’instruction, les sept hommes ont été mis en examen pour transport, acquisition et cession d’armes soumises à autorisation ou interdites, ainsi que pour association de malfaiteurs. Six ont été placés en détention provisoire, le septième sous contrôle judiciaire. Détail notable relevé par le parquet : aucun n’était connu de la justice française pour des faits de cette nature, et aucun lien avec le grand banditisme hexagonal n’a été établi à ce stade.

De la Turquie à Mantes-la-Jolie via l’Allemagne

L’enquête, ouverte fin 2025 à l’initiative de la BRB du service interdépartemental de police judiciaire de Versailles, a donné lieu à une information judiciaire en mars 2026. Des mois de surveillances techniques et physiques ont permis de reconstituer la chaîne logistique : des pistolets fabriqués en Turquie, acheminés par l’Allemagne, puis stockés et écoulés depuis Mantes-la-Jolie, où résidait l’essentiel de la bande. Un homme de 33 ans, installé dans le même secteur, est présenté comme le pilote du réseau, selon Le Parisien.

Les tarifs pratiqués en disent long sur la demande : entre 2 500 et 3 000 euros le pistolet, plusieurs fois le prix d’une arme comparable vendue légalement en armurerie. Moyennant un supplément de 500 euros, l’acheteur repartait avec un « switch » et un chargeur de trente cartouches, de quoi transformer la contrefaçon en machine à rafales. Un profil d’arme que les enquêteurs décrivent comme particulièrement recherché par les narcotrafiquants.

Les Daltonlar, encore et toujours

En amont de la chaîne, les investigations pointent une organisation désormais familière des lecteurs de Cibles : les Daltonlar, ce groupe criminel turc baptisé d’après les frères Dalton de « Lucky Luke », que nous avions présenté après la saisie de près de 150 pistolets sur une autoroute de l’Ain. Cette structure, qui alimente en armes plusieurs pays européens dont l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, fournirait notamment la DZ Mafia marseillaise et disposerait d’une branche dédiée aux exécutions sur commande, les « Mains noires ».

Le volet parisien de l’offensive judiciaire a d’ailleurs franchi un cap la même semaine : onze membres présumés de l’organisation, interpellés par l’Office central de lutte contre la criminalité organisée dans la procédure des 150 pistolets de l’Ain, ont été mis en examen à leur tour. Parmi eux figure, selon Le Parisien, un homme installé à Marseille soupçonné d’avoir accepté d’exécuter un rival ; la présence d’un tiers aux côtés de la cible aurait fait avorter la tentative. S’y ajoute le précédent de la gare de Lyon : le 24 août, un voyageur de 43 ans avait été arrêté par les douaniers avec 35 armes de poing du même type dans ses bagages, avant d’être écroué. Les enquêteurs le rattachent à la même organisation.

Plus de 230 armes en un mois

Additionnées, les trois saisies attribuées à cette filière donnent le vertige : près de 150 pistolets dans l’Ain le 10 septembre, 47 dans les Yvelines le 15, 35 à la gare de Lyon le 24 août. Plus de 230 armes de poing, presque toutes des contrefaçons de Glock sorties d’ateliers turcs, retirées de la circulation en moins d’un mois sur le seul territoire français. Le chiffre illustre autant l’ampleur du courant d’approvisionnement que la pression judiciaire mise sur ses relais : deux informations judiciaires distinctes, à Paris et à Versailles, visent désormais la même organisation.

Pour les tireurs et collectionneurs, l’affaire rappelle une réalité de marché : ces pistolets se vendaient 2 500 à 3 000 euros sous le manteau, bien au-dessus du prix d’une arme neuve, sérialisée et enregistrée, qu’un tireur licencié acquiert légalement en armurerie. Le marché noir ignore contrôles et traçabilité, mais il a ses propres cours, et ils se portent bien. La suite s’écrira dans les cabinets d’instruction de Paris et de Versailles.

 

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Les « Dalton » du trafic d’armes tombent sur une autoroute de l’Ain

Près de 150 armes de poing dans une camionnette, douze interpellations et un pivot marseillais des fausses Glock : coup de filet contre les « Daltonlar », gang turc installé en France.

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Patrick H
Pistolet Glock 19 Gen 4 vu de profil droit sur fond neutre

Une camionnette interceptée jeudi 10 septembre sur une autoroute de l’Ain, six sacs de sport à l’intérieur, et dedans près de 150 armes de poing : le chiffre suffit à classer l’affaire parmi les plus grosses saisies d’armes de l’année en France. En 48 heures, douze hommes ont été interpellés dans plusieurs départements, avant d’être présentés lundi 14 septembre à un juge d’instruction parisien. Derrière ce coup de filet, les enquêteurs décrivent une organisation criminelle turque au nom digne d’une bande dessinée, les « Daltonlar », et un fil rouge qui parlera aux lecteurs de Cibles : le trafic de contrefaçons de Glock.

Six sacs de sport, douze interpellations

Révélée lundi par le média police-justice Actu17, l’opération s’est jouée entre Paris et Marseille les jeudi 10 et vendredi 11 septembre, avec le concours de plusieurs antennes de la BRI. Selon les informations de BFMTV, les armes voyageaient dans six sacs de sport à bord d’une camionnette interceptée sur une autoroute de l’Ain. Le cadre judiciaire donne la mesure du dossier : une enquête préliminaire ouverte dès juin 2025 par le parquet national anti-criminalité organisée (PNACO), sur la foi d’informations transmises par les autorités allemandes à propos d’un trafic d’armes international, et confiée à l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) ainsi qu’à plusieurs directions zonales de la police nationale. Au terme de 96 heures de garde à vue, tous les suspects, en grande majorité des Turcs, ont nié appartenir à un « groupe criminel turc quel qu’il soit », selon une source policière citée par la chaîne. Ils ont été déférés lundi au tribunal judiciaire de Paris.

Un gang baptisé d’après Lucky Luke

Les « Daltonlar », littéralement « les Dalton » en turc, empruntent leur nom aux quatre frères gaffeurs de Lucky Luke. La référence s’arrête là. Apparu vers 2020 à Istanbul, le groupe est devenu l’une des organisations les plus violentes de la nouvelle génération criminelle turque, recrutant de très jeunes hommes à grand renfort de mises en scène sur les réseaux sociaux ; la presse stambouliote lui prête même un gang rival baptisé « Redkit », du nom turc de Lucky Luke lui-même. En décembre 2025, un tribunal d’Istanbul a prononcé plusieurs réclusions à perpétuité dans un vaste procès visant l’organisation, rapportait alors le site Turkish Minute. Ses activités en Turquie vont du trafic de stupéfiants et de cigarettes aux extorsions de fonds et aux assassinats, détaille BFMTV, et le groupe a essaimé en Europe de l’Ouest : France, Allemagne, Belgique, Espagne, Italie. Plusieurs de ses membres résideraient en région parisienne et à Marseille. C’est précisément ce que l’enquête française vient de mettre au jour.

« Haso », pivot présumé des fausses Glock

Parmi les douze déférés figure Hasan S., dit « Haso », un Français d’origine turque déjà connu de la justice pour des infractions liées aux armes et mis en examen à l’été 2025 par un juge d’instruction marseillais dans une affaire de détention d’armes. En juillet, les enquêteurs ont sonorisé son véhicule ; dans les écoutes, l’homme apparaît comme « le personnage central et incontournable du trafic d’armes contrefaites à Marseille », toujours selon BFMTV. Le même mois, il est soupçonné d’avoir fomenté un projet d’action violente contre un compatriote incarcéré aux Baumettes, qu’il désignait comme un « traître » pour avoir vendu des armes dans la cité phocéenne ; le détenu a été placé à l’isolement avant que le projet n’aboutisse. « Haso » a été interpellé vendredi au petit matin par la BRI, au péage d’Arles, et a gardé le silence durant toute sa garde à vue. À ce stade, aucune source ne précise si les 150 armes de la camionnette sont elles-mêmes des contrefaçons ; c’est l’un des points que l’information judiciaire devra établir.

Trois semaines plus tôt, gare de Lyon

Le dossier fait écho à une autre affaire, distincte à ce stade, mais qui dessine la même géographie. Le 24 août, vers 14 h 30, les douaniers de la gare de Lyon remarquent un voyageur turc de 43 ans qui peine à porter ses deux sacs à dos vers le train de Perpignan. À l’intérieur : 35 pistolets Glock, rapportait Le Parisien, repris par Actu17. La perquisition de son domicile de Melun en livre neuf autres, dont un exemplaire modifié « avec un sélecteur de tir et un chargeur long, permettant de tirer en rafale ». L’expertise est parlante : les 44 armes sont des contrefaçons artisanales de Glock 19 et 26. L’homme, dont la téléphonie trahit quatre séjours en Espagne, deux en Belgique et un en Allemagne, a reconnu avoir livré plus d’une centaine de pistolets du même type à des malfaiteurs ; il a été mis en examen le 28 août et écroué. Fausses Glock par dizaines, filières transeuropéennes, sacs de sport sur les autoroutes : après les kalachnikovs de l’axe franco-belge, ces dossiers rappellent que le marché noir se fournit désormais en armes neuves fabriquées clandestinement, très loin des circuits légaux et tracés du tir sportif. La suite se jouera dans les cabinets d’instruction ; nous y reviendrons.

 

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NaturaBuy victime d’une fuite de données

NaturaBuy confirme une cyberattaque : noms, adresses, téléphones et identifiants de membres ont été extraits, mots de passe chiffrés compris. Ni données bancaires ni numéros SIA, assure l’entreprise. Les réflexes à adopter sans attendre.

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guillaume
Rubrique tir du site NaturaBuy, capture d’écran

Les membres de NaturaBuy ont reçu jeudi 11 septembre un e-mail que personne n’aime ouvrir. La grande place de marché française des armes, des munitions et de l’équipement outdoor y confirme avoir été victime d’une cyberattaque la veille, mercredi 10 septembre, et reconnaît que des données personnelles ont été extraites de ses serveurs. Noms, adresses, téléphones : la liste a de quoi faire tiquer les détenteurs, même si l’entreprise assure que ni les documents d’identité, ni les données bancaires, ni les numéros SIA n’ont été touchés. Le point sur ce que l’on sait, ce que l’on ignore, et surtout sur les réflexes à adopter sans attendre.

Ce que NaturaBuy reconnaît

Dans son communiqué, l’entreprise décrit une attaque « externe ciblée, menée avec des moyens particulièrement sophistiqués », détectée le 10 septembre par son système d’alerte et ses équipes. Le site a ensuite été volontairement mis hors ligne, le temps de finaliser un audit de sécurité, avant d’être remis en service une fois la vulnérabilité corrigée ; NaturaBuy ne détaille ni la faille exploitée ni le mode opératoire des attaquants. La plateforme indique avoir notifié la CNIL, comme le RGPD l’y oblige, et déposé plainte. La communication passe pour l’instant exclusivement par e-mail : au moment où nous écrivons ces lignes, la page d’accueil du site, de nouveau en ligne, n’affiche aucune mention de l’incident. C’est le site spécialisé FrenchBreaches, qui suit l’affaire depuis les premiers signalements, qui reproduit l’essentiel du communiqué adressé aux membres.

Ce qui a fuité, ce qui a été épargné

Les attaquants sont parvenus à extraire, selon l’entreprise, les nom, prénom, adresse e-mail, adresse postale, numéro de téléphone et identifiant NaturaBuy des membres concernés, ainsi que leur mot de passe stocké sous forme chiffrée (« crypté », écrit le communiqué, sans préciser la méthode ; c’est la robustesse de ce chiffrement qui déterminera le temps que ces mots de passe tiendront face aux pirates). N’ont en revanche pas été extraits, toujours selon NaturaBuy : les documents d’identité, les données bancaires et moyens de paiement, les numéros SIA, les numéros d’armes et le détail des commandes et des ventes. Pour les tireurs, c’est la moins mauvaise nouvelle du communiqué : ce sont précisément ces informations qui auraient transformé une fuite de fichier client en cartographie de râteliers. Restent les inconnues, et elles sont de taille : le nombre de membres concernés n’est pas communiqué, pas plus que la durée d’accès des attaquants ou leur identité. Ni l’entreprise ni FrenchBreaches ne font état, à ce stade, d’une publication ou d’une mise en vente des données.

Détenteurs : pourquoi cette fuite n’est pas anodine

Un fichier associant identités, adresses et téléphones à la qualité de membre d’une plateforme d’armes, c’est une liste de détenteurs probables : une donnée en or pour des cambrioleurs comme pour des escrocs, on l’a vu cet été en Gironde où des tireurs ont été cambriolés après des fuites de données. NaturaBuy en est manifestement conscient : la consigne la plus frappante du communiqué s’adresse aux détenteurs, appelés à une vigilance particulière face aux tentatives d’usurpation de l’identité des forces de l’ordre. L’entreprise rappelle que « la police, la gendarmerie ou les douanes ne se présenteront pas spontanément au domicile d’un particulier afin de récupérer ses armes ou ses munitions », et recommande, en cas d’appel suspect, de raccrocher puis de composer directement le 17. Le scénario redouté est facile à imaginer : un faux gendarme, au téléphone ou à la porte, muni de votre nom et de votre adresse, venu « contrôler » ou « saisir » vos armes. Face à un fichier détenu par des inconnus, la règle vaut d’être répétée : aucune démarche liée à vos armes ne se fait à l’improviste, le SIA et les procédures officielles passent par des canaux identifiés.

Les bons réflexes, dès maintenant

Premier chantier : le mot de passe. À la prochaine connexion, chaque membre sera invité à en choisir un nouveau, directement sur le site et à sa seule initiative. NaturaBuy insiste : « aucune demande de réinitialisation ne sera envoyée par e-mail ou par SMS ». Tout message de ce type se réclamant de la plateforme est donc un piège, à supprimer sans cliquer. Si le même mot de passe sert ailleurs, messagerie, banque ou autre site de vente, changez-le partout sans attendre. Deuxième chantier : les SMS. Pendant l’indisponibilité du site, des utilisateurs ont signalé des messages frauduleux, dont un prétendu paiement de 269 euros assorti d’un lien suspect ; NaturaBuy n’établit pas de lien entre ces SMS et l’attaque, mais la coïncidence invite à traiter avec la plus grande méfiance tout ce qui arrive par téléphone ou par e-mail en se réclamant de la plateforme, d’une banque ou d’une administration. Avec des identités, des adresses et des numéros en circulation, les campagnes d’hameçonnage à venir pourront être très crédibles ; le bon réflexe reste de ne jamais suivre un lien reçu et de taper soi-même l’adresse du site. L’ampleur exacte de la fuite reste à préciser et l’enquête ne fait que commencer : nous suivrons les suites de l’affaire, en particulier si les données venaient à circuler.

 

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Deux kalachnikovs en 48 heures sur l’axe franco-belge

Une AK chargée sous des vêtements de bébé à Bruxelles-Midi, six douilles de 7,62 mm sur une façade de Tourcoing : en 48 heures, deux affaires rappellent que les armes de guerre circulent des deux côtés de la frontière.

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Patrick H
Fusil d'assaut de type kalachnikov (AKM) présenté sous ses deux profils

Jeudi 3 septembre, 9 h 30, gare de Bruxelles-Midi. Un sac de sport intrigue les douaniers belges : trop lourd pour son apparence, porté par un voyageur au comportement fébrile qui descend de l’Eurostar. À l’intérieur, sous des vêtements de bébé, une kalachnikov approvisionnée de trente cartouches. Moins de vingt-quatre heures plus tard, à 110 km de là, le procureur de Lille détaille une autre saisie : l’AK-47 chargée retrouvée dans la voiture de trois Bruxellois de 19 ans, soupçonnés d’avoir mitraillé une façade de Tourcoing. Deux armes de guerre en 48 heures, de part et d’autre d’une frontière que les kalachnikovs semblent traverser aussi facilement que les navetteurs.

Trente cartouches sous les vêtements de bébé

À Bruxelles, c’est le poids inhabituel du sac qui a trahi son porteur, raconte le quotidien L’Avenir. Contrôlé par les douanes à la descente de son train, le jeune homme d’une vingtaine d’années a été interpellé dans le calme par une patrouille mixte associant la police des chemins de fer et des militaires, sans jamais avoir exhibé son arme. Le fusil, dissimulé sous des vêtements de bébé et d’enfant, était approvisionné de trente cartouches. Le suspect, qui voyageait seul et s’exprimait à peine en français, a d’abord déclaré arriver de Lille ; la presse belge évoque aussi un train en provenance de Mons, et son trajet exact reste à établir, tout comme ses intentions. Le ministre belge de l’Intérieur Bernard Quintin y voit la preuve que « le renforcement des patrouilles dans les gares avec l’aide de nos militaires est nécessaire », un dispositif qu’il plaide de poursuivre, voire d’étendre.

Six douilles de 7,62 mm à Tourcoing

Côté français, l’affaire est plus avancée. Dans la nuit du 30 au 31 août, une façade d’habitation de Tourcoing a essuyé des tirs d’arme de gros calibre ; six étuis de 7,62 mm ont été relevés sur place, sans qu’aucune victime ne soit à déplorer. Les suspects ont été interpellés dans la foulée et, vendredi 4 septembre, le procureur de Lille Samuel Finielz a annoncé leur mise en examen : trois jeunes gens « nés en 2007 », à peine majeurs, domiciliés à Bruxelles, poursuivis pour association de malfaiteurs en vue de préparer un ou plusieurs crimes, dont un homicide en bande organisée, dans un dossier ouvert « en connexité avec la Belgique ». Dans leur véhicule, les enquêteurs ont trouvé l’arme décrite par le magistrat comme « un fusil-mitrailleur, une arme de guerre de type AK-47, qui était chargée ». L’un des trois, également mis en examen pour complicité de tentative de meurtre en bande organisée et pour port et transport d’arme de guerre, a été placé en détention provisoire ; ses deux comparses sont sous contrôle judiciaire.

Un axe, deux directions

Rien n’indique à ce stade que les deux affaires soient liées. Mais leur simple juxtaposition dessine une géographie que policiers français et belges connaissent par cœur : des tireurs bruxellois à peine majeurs qui opèrent dans le Nord, un voyageur armé qui dit venir de Lille et se fait cueillir à Bruxelles. La capitale belge sort d’un été marqué par une vague de fusillades que la presse locale attribue à des représailles entre bandes rivales, et les armes automatiques y circulent avec une facilité déconcertante. La France n’est pas en reste : cet été encore, un Français a été arrêté avec trois missiles antichar dans sa camionnette, rappel que le marché noir des armes de guerre ne se limite pas aux pistolets de cave. Face à des flux qui empruntent l’Eurostar comme l’autoroute, les saisies de ce début septembre ressemblent moins à un coup de filet qu’à un échantillon.

Fusil-mitrailleur ? Pas exactement

Un mot, enfin, sur le vocabulaire du parquet, qui fera tiquer les tireurs : l’AK-47 n’est pas un « fusil-mitrailleur », arme d’appui conçue pour le tir soutenu sur bipied, mais bien un fusil d’assaut, l’avtomat imaginé par Mikhaïl Kalachnikov pour le combat d’infanterie. La confusion est ancienne, tenace, et nous lui avons déjà consacré un lexique. Elle ne change rien au fond du dossier : dans les deux affaires, il s’agit d’armes automatiques de guerre, strictement interdites aux civils, sans le moindre rapport avec les armes que les licenciés manipulent en stand sous le contrôle de leur fédération. Les enquêtes suivent leur cours des deux côtés de la frontière ; les prétoires de Lille et de Bruxelles diront ce que ces kalachnikovs faisaient là.

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