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Interdiction du plomb : ce qui attend vraiment les tireurs

Le 25 juin, les États membres ont voté le règlement européen sur le plomb dans les munitions. Balles exclues, sept ans de transition pour la grenaille, dérogation pour les stands : le point sur ce qui change réellement.

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Cartouches de tir sportif calibre 12 chargees en grenaille de plomb numeros 7,5 a 9,5

Faut-il croire ceux qui annoncent la fin du plomb dans les munitions en Europe ? Le 25 juin 2026, les représentants des États membres réunis au sein du comité REACH ont approuvé, à la majorité qualifiée, le projet de règlement européen encadrant le plomb dans les munitions. Un vote passé relativement inaperçu, alors qu’il referme cinq années d’un des dossiers les plus sensibles pour le monde du tir.

Et contrairement à ce que l’on entend souvent, il ne s’agit pas d’une interdiction totale. Le texte finalement retenu est très éloigné des premières propositions : les balles sortent entièrement du champ de la restriction, la grenaille bénéficie de sept ans de transition, et les stands de tir disposent d’une dérogation pérenne sous conditions.

Un dossier ouvert depuis 2021

À l’origine, il y a une proposition de l’Agence européenne des produits chimiques, l’ECHA, dans le cadre du règlement REACH. L’objectif affiché : réduire les rejets de plomb dans l’environnement, estimés à plusieurs dizaines de milliers de tonnes par an en Europe, munitions et matériel de pêche confondus.

Les premières versions du texte avaient de quoi inquiéter les tireurs : restrictions sur les balles selon les calibres, avec des échéances de 5 à 15 ans, encadrement strict du tir en extérieur, dispositif complexe de dérogations techniques. La filière chiffrait en milliards d’euros la mise aux normes des stands extérieurs européens, et de nombreux clubs redoutaient de devoir fermer.

Après des années de négociations entre la Commission, les États membres, les fédérations sportives et les organisations professionnelles, dont le SNAFAM côté français, la version publiée le 18 février 2026 puis votée le 25 juin a considérablement réduit la voilure.

Les balles sortent du champ de la restriction

C’est le changement le plus important : les munitions à balle sont désormais totalement exclues du projet de règlement. Les échéanciers d’interdiction par calibre, encore présents dans la version de décembre 2025, ont disparu.

Concrètement, rien ne change pour l’immense majorité des disciplines : pistolet et carabine à percussion annulaire ou centrale, tir aux armes réglementaires, tir longue distance, silhouettes métalliques. Le marché reste libre de proposer des projectiles avec ou sans plomb, et les munitions classiques continueront d’être vendues et utilisées.

Le projet d’annexe prévoit par ailleurs une dérogation pour la grenaille employée dans les armes à chargement par la bouche et les armes historiques, y compris leurs répliques modernes. Les tireurs à la poudre noire ne sont donc pas concernés non plus.

La grenaille : sept ans de transition

Le texte se concentre désormais exclusivement sur les cartouches à grenaille de plomb tirées en extérieur. Leur usage sera progressivement restreint, avec une période de transition portée à sept ans après l’entrée en vigueur du règlement, contre trois à cinq ans dans les versions précédentes.

Pendant cette période, la commercialisation de la grenaille de plomb se poursuit normalement, le temps pour les fabricants de monter en capacité sur les alternatives, acier en tête, et pour les utilisateurs de s’équiper. Rappelons qu’une interdiction existe déjà depuis février 2023 dans et autour des zones humides européennes ; le nouveau règlement étend la logique au reste du territoire, mais avec un calendrier bien plus étalé.

La dérogation qui préserve les plateaux

Pour le ball-trap et les disciplines de plateaux, le texte maintient une dérogation décisive : la grenaille de plomb d’un diamètre compris entre 1,9 et 2,6 mm, ce qui correspond aux numéros 7,5 à 9 utilisés en compétition, restera autorisée pour les membres actifs des fédérations de tir sportif, à condition de tirer dans des stands conformes aux mesures de gestion des risques prévues par le règlement.

Ces mesures visent à empêcher la dispersion du plomb dans l’environnement : zones de retombée maîtrisées, gestion des sols, récupération. Les États membres disposeront de huit ans pour publier la liste des stands répondant à ces exigences. C’est là que se jouera la vraie bataille des prochaines années : les clubs de plateaux devront investir pour figurer sur cette liste, et les fédérations auront un rôle central d’accompagnement.

Les stands couverts, eux, ne sont pas visés par la restriction, qui ne concerne que le tir en extérieur.

Quel calendrier ?

La procédure n’est pas tout à fait terminée. Depuis le vote du 25 juin, le projet est entré dans la phase de contrôle du Parlement européen et du Conseil, une étape de plusieurs mois durant laquelle les colégislateurs peuvent s’opposer au texte. Sauf coup de théâtre, le règlement sera ensuite formellement adopté par la Commission et publié au Journal officiel de l’Union européenne.

Les sept ans de transition ne commenceront à courir qu’à ce moment-là. Autrement dit, les premières restrictions effectives sur la grenaille de plomb en extérieur n’interviendraient pas avant le début des années 2030, et les stands dérogataires pourront continuer au-delà.

Ce qu’il faut retenir

Pour le tireur français, rien ne change à court terme. Les balles ne sont plus menacées, la grenaille reste en vente pendant au moins sept ans après l’entrée en vigueur du texte, et les plateaux conservent leur munition de compétition dans les stands qui se mettront aux normes.

Le dossier illustre surtout combien la mobilisation de la filière et des fédérations a pesé : entre la proposition initiale de l’ECHA et le texte voté en juin, l’essentiel des restrictions visant le tir sportif a été retiré ou assoupli. Reste maintenant aux clubs de plateaux à préparer, sans précipitation mais sans attendre le dernier moment, leur mise en conformité.

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États-Unis : un juge invalide l’enregistrement des silencieux

Le 5 août, un juge fédéral texan a invalidé l’enregistrement des silencieux et des armes à canon court prévu par la loi de 1934. Le gouvernement n’a pas fait appel : les premiers transferts sans formalité ont eu lieu dans la nuit du 12 au 13 août.

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David Hemda
Fusil de precision XM2010 de l'US Army equipe d'un silencieux

C’est une petite révolution juridique qui s’est jouée dans la nuit du 12 au 13 août aux États-Unis. Pour la première fois depuis 1934, des silencieux ont pu être remis à leurs acquéreurs sans enregistrement fédéral préalable, sans formulaire d’approbation et sans attente. En face, le gouvernement américain a choisi de ne pas faire appel.

À l’origine de ce basculement, une décision rendue le 5 août par un juge fédéral du Texas, qui a déclaré inconstitutionnelles les procédures d’enregistrement de la célèbre loi nationale sur les armes à feu, le National Firearms Act, pour les silencieux et les armes à canon court.

Une loi née en 1934

Le National Firearms Act, ou NFA, est la plus ancienne grande loi fédérale américaine sur les armes. Votée en 1934 en pleine époque du gangstérisme, elle ne visait pas à interdire, mais à décourager : chaque fabrication ou transfert d’une arme automatique, d’une carabine à canon court (moins de 40,6 cm) ou d’un silencieux était soumis à une taxe de 200 dollars, une somme considérable à l’époque, assortie d’un enregistrement dans un fichier fédéral et d’une procédure d’approbation par l’administration.

Près d’un siècle plus tard, le dispositif était toujours en place, géré par l’ATF, le bureau fédéral chargé des armes. Les délais de traitement des dossiers se comptaient encore récemment en mois, et le silencieux, simple modérateur de son atténuant la détonation sans jamais la supprimer, restait l’un des accessoires les plus encadrés du pays.

La taxe à zéro dollar qui a tout déclenché

Le grain de sable est venu du Congrès lui-même. À l’été 2025, la grande loi budgétaire portée par l’administration Trump a ramené à zéro dollar, à compter du 1er janvier 2026, la taxe de fabrication et de transfert sur les silencieux, les carabines et les fusils à canon court. Seules les armes automatiques et les engins destructeurs conservent la taxe de 200 dollars.

Or tout l’édifice constitutionnel du NFA repose précisément sur le pouvoir fiscal du Congrès. Dès 1937, la Cour suprême avait validé la loi en la qualifiant de mesure de perception d’une taxe, l’enregistrement n’étant admis que comme un outil au service de cette collecte. Les associations de défense des tireurs américains ont immédiatement vu la faille : sans taxe à percevoir, que reste-t-il pour justifier le fichier et les autorisations ?

Ce que dit le jugement

C’est exactement le raisonnement qu’a suivi le juge fédéral James Wesley Hendrix, du tribunal du district nord du Texas, dans deux affaires jointes, Silencer Shop Foundation contre ATF et Jensen contre ATF. Dans son jugement du 5 août, il conclut que les exigences d’enregistrement et d’approbation du NFA, appliquées à des armes désormais non taxées, excèdent les pouvoirs constitutionnels du Congrès.

Le tribunal interdit donc de façon permanente à l’ATF et au ministère de la Justice d’appliquer ces procédures aux plaignants. Point notable, la question du deuxième amendement, le droit constitutionnel de détenir des armes, n’a même pas été tranchée : les plaignants avaient abandonné cet argument, la démonstration fiscale suffisait.

Le juge avait toutefois suspendu l’effet de sa décision pendant sept jours, jusqu’au 12 août, pour laisser au gouvernement le temps de saisir la cour d’appel.

Qui est réellement concerné ?

Attention à ne pas surinterpréter la portée du texte : il ne s’agit pas d’une abrogation nationale. Conformément à la jurisprudence récente de la Cour suprême, qui limite les injonctions dites universelles, la décision ne protège que les parties au procès, leurs membres et leurs clients, actuels et futurs.

La liste est cependant très large. Elle couvre les adhérents de plusieurs grandes associations, dont Gun Owners of America, la Texas State Rifle Association affiliée à la NRA, la coalition FPC Action Foundation ou encore le Citizens Committee for the Right to Keep and Bear Arms, ainsi que les clients d’entreprises parties à l’affaire comme Silencer Shop, B&T USA, Palmetto State Armory et SilencerCo. Des millions d’Américains, en pratique, et il suffit d’adhérer à l’une de ces organisations pour entrer dans le périmètre.

Pour tous les autres, rien ne change à ce stade : l’achat d’un silencieux passe toujours par le formulaire fédéral et l’approbation de l’ATF. Les armes automatiques, elles, restent intégralement soumises au régime de 1934.

Le gouvernement a laissé passer le délai

Restait la question de l’appel. Selon la presse spécialisée américaine, le ministère de la Justice était divisé, tandis que 47 parlementaires républicains demandaient officiellement d’appliquer la décision à tout le pays et d’engager la réécriture des règlements concernés.

Le délai a expiré le 12 août sans qu’aucune demande de prolongation du sursis ne soit annoncée. Gun Owners of America avait prévenu qu’elle procéderait à des transferts de silencieux sans enregistrement dès 00h01, heure du Texas, le 13 août. Silencer Shop annonçait de son côté la remise symbolique de silencieux à deux personnalités texanes dans les mêmes conditions, une image impensable il y a encore un mois.

Et en France ?

Vu de France, le paradoxe est savoureux. Le modérateur de son y est en effet un simple accessoire, acheté en armurerie dans les mêmes conditions que l’arme qu’il équipe, sans fichier ni procédure spécifique. Sur ce point précis, le tireur sportif français était donc, depuis des années, mieux loti que son homologue américain.

Aux États-Unis, la bataille n’est probablement pas terminée. Une future administration pourrait relancer le contentieux, et d’autres procédures visant le NFA sont en cours. Mais le symbole est immense : la plus ancienne loi fédérale américaine sur les armes vient d’être fissurée par sa propre taxe, tombée à zéro dollar.

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Un Panzer IV de 1943 va être vendu aux enchères (est. 2,4M$)

Le 21 août 2026, Rock Island Auction met aux enchères un authentique Panzer IV Ausf. H de 1943, estimé jusqu’à 2,4 millions de dollars. Capturé par les Soviétiques puis par Israël, c’est l’un des deux seuls connus aux États-Unis.

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David Hemda
Char allemand Panzerkampfwagen IV Ausf. H de 1943 mis aux encheres par Rock Island Auction Company

Ce n’est ni une réplique, ni un véhicule fabriqué pour le cinéma. Le 21 août 2026, à Bedford, au Texas, Rock Island Auction Company mettra aux enchères un authentique Panzerkampfwagen IV Ausf. H construit en 1943.

Son estimation est spectaculaire : entre 1,5 et 2,4 millions de dollars. Mais ce qui rend ce char réellement exceptionnel, c’est son histoire. Construit pour l’armée allemande, capturé par les Soviétiques, utilisé ensuite par la Tchécoslovaquie, vendu à la Syrie puis capturé une seconde fois par Israël, il a traversé plusieurs décennies de conflits avant de rejoindre les États-Unis.

Un Panzer IV construit en pleine Seconde Guerre mondiale

Le char porte le numéro de châssis 85575. Selon Rock Island Auction Company, il a été assemblé entre juillet et août 1943 dans l’usine Nibelungenwerk.

Il s’agit d’un Panzer IV Ausf. H, l’une des versions les plus abouties du célèbre char moyen allemand. Un peu plus de 2 300 exemplaires de cette variante auraient été produits entre juin 1943 et février 1944. Au total, environ 8 500 Panzer IV, toutes versions confondues, furent fabriqués avant la fin de la guerre.

Le Panzer IV avait initialement été conçu comme char d’appui à l’infanterie. Mais l’évolution rapide des combats blindés força les Allemands à l’équiper d’un armement de plus en plus puissant, jusqu’à en faire l’un des principaux chars de bataille de la Wehrmacht.

25 tonnes, un V12 de 300 chevaux et un canon de 75 mm

Le modèle vendu mesure environ 7 mètres de long, canon compris, pour 2,87 mètres de large et environ 2,67 mètres de haut. Son poids approche les 25 tonnes.

Sous le blindage se trouve un moteur essence Maybach HL 120 TRM, un V12 de 11,867 litres développant environ 300 chevaux. De quoi propulser l’engin à près de 42 km/h, pour une autonomie d’environ 190 kilomètres.

Son armement principal est un canon de 75 mm KwK 40 L/48, capable à l’époque de combattre des blindés adverses bien plus efficacement que les premiers Panzer IV équipés d’un canon court. Le canon de l’exemplaire vendu est aujourd’hui neutralisé.

Capturé par l’Armée rouge

Selon la provenance fournie avec le véhicule, ce Panzer IV a été capturé aux forces allemandes par l’armée soviétique sur le front de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale.

Contrairement à la majorité des blindés allemands détruits, abandonnés ou ferraillés après le conflit, celui-ci a survécu.

Après la guerre, il aurait été reconstruit dans l’usine ČKD Praha, puis transféré en 1949 au 1er régiment de chars tchécoslovaque.

Son parcours aurait déjà été remarquable s’il s’était arrêté là. Mais le même char allait encore connaître un autre conflit.

Vendu à la Syrie dans les années 1950

Dans les années 1950, le Panzer IV est acheté par la Syrie, qui renforce alors ses forces blindées avec des véhicules provenant de plusieurs pays européens.

Le char conserve d’ailleurs des modifications d’époque, dont un anneau installé autour de la tourelle pour recevoir une mitrailleuse antiaérienne soviétique DShK (non fournie avec le véhicule).

Puis arrive juin 1967 et la guerre des Six Jours.

Le Panzer IV est déployé du côté syrien avant d’être capturé par les forces israéliennes sur le plateau du Golan. Rock Island indique que les combats de 1967 constituent le dernier engagement connu de Panzer IV au combat.

Autrement dit, un char construit en Allemagne en 1943 combattait encore près de 24 ans plus tard au Moyen-Orient.

Utilisé ensuite par Israël

Après sa capture, le véhicule aurait servi comme char d’entraînement au sein de l’armée israélienne, avant d’intégrer le musée des blindés de Latrun.

En 1993, il est acquis par le collectionneur américain William Gasser et importé aux États-Unis. Il rejoint alors l’American Armoured Foundation Tank Museum de Danville, en Virginie, où il restera exposé et conservé à l’intérieur pendant plusieurs décennies.

Plus de 80 ans après sa fabrication, il va désormais changer une nouvelle fois de propriétaire.

L’un des deux seuls Panzer IV connus aux États-Unis

C’est probablement le détail qui explique le niveau de son estimation.

Selon Rock Island Auction Company, seuls deux Panzer IV sont actuellement connus aux États-Unis. Le second, également un Ausf. H, appartient au Flying Heritage & Combat Armor Museum, à Everett, dans l’État de Washington.

Le char vendu le 21 août serait donc le seul Panzer IV actuellement connu aux États-Unis disponible à l’achat par le public. Pour un collectionneur de véhicules militaires, l’occasion est particulièrement rare.

Peut-il encore rouler ?

Il faut ici être prudent.

Rock Island indique que le véhicule présente un état de conservation remarquable pour un char de cette époque et que la tourelle peut toujours être manœuvrée à la main.

En revanche, le moteur et les autres systèmes mécaniques n’ont pas été testés. Il est donc impossible d’affirmer que le Panzer peut actuellement démarrer et rouler sans remise en état.

Le char conserve néanmoins de nombreux éléments intérieurs : instruments, optiques et une partie de l’équipement radio. Plusieurs accessoires sont également fournis séparément, dont des maillons de chenille, deux radios, un carburateur Solex, une roue, une génératrice, des outils et une trousse de secours d’époque.

Jusqu’à 2,4 millions de dollars

Le Panzer IV sera proposé comme lot n°275, le 21 août 2026 à Bedford, au Texas. Son estimation officielle est comprise entre 1 500 000 et 2 400 000 dollars. Une somme considérable pour un véhicule de plus de 80 ans.

Mais son futur propriétaire n’achètera pas simplement un vieux char allemand. Il achètera un véhicule construit en pleine Seconde Guerre mondiale, capturé par l’URSS, passé par l’armée tchécoslovaque, vendu à la Syrie, capturé une deuxième fois par Israël puis conservé pendant plusieurs décennies aux États-Unis.

Un morceau de 25 tonnes d’histoire militaire, et l’un des très rares Panzer IV qu’un particulier puisse encore espérer acquérir.

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Le fusil le plus cher du monde vendu 5,9 millions de dollars

Le 27 juin 2026, le fusil Henry numéro 1, offert au secrétaire à la Guerre de Lincoln, a été adjugé 5,875 millions de dollars : un record mondial pour un fusil aux enchères. Retour sur une arme hors norme.

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David Hemda
Fusil Henry a levier de sous-garde, modele 1860, cadre en laiton

Un fusil ancien, une gravure discrète et un simple numéro frappé sur le canon : 1.

Le 27 juin 2026, cette arme a été adjugée aux États-Unis pour 5,875 millions de dollars, établissant un nouveau record mondial pour un fusil vendu aux enchères. Son estimation initiale était pourtant comprise entre 1,6 et 3,5 millions de dollars.

À première vue, ce Henry à levier de sous-garde ressemble à une très belle arme du XIXᵉ siècle. Mais pour les collectionneurs, il représente bien davantage : il serait à la fois le premier Henry de production, l’ancêtre direct des Winchester et l’une des dernières armes encore accessibles liées au gouvernement d’Abraham Lincoln.

Cinq millions de dollars, avant les frais

La vente s’est déroulée à Bedford, au Texas, lors de « The American Sale », une vente organisée par Rock Island Auction Company pour célébrer les 250 ans des États-Unis.

Les enchères ont atteint 5 millions de dollars au marteau. Une fois les frais ajoutés, le prix réellement payé s’est élevé à 5,875 millions de dollars, soit bien au-delà du précédent record mondial pour un fusil vendu aux enchères.

Ce montant égale également le prix au marteau atteint par le Colt Single Action Army associé à la mort de Billy the Kid, présenté par la maison de ventes comme l’une des armes les plus chères de l’histoire.

Mais pourquoi un collectionneur a-t-il accepté de dépenser une telle somme pour ce fusil ?

Le numéro de série qui change tout

Le premier élément se trouve sur le canon, juste devant la culasse : le chiffre 1.

Il ne s’agit pas d’un numéro symbolique ajouté ultérieurement. Selon Rock Island Auction Company, cette arme est le premier exemplaire de production du fusil Henry, l’une des premières armes à répétition réellement efficaces utilisant une cartouche métallique autonome.

Dans le monde de la collection, le numéro de série 1 d’un modèle important possède déjà une valeur considérable. Ici, ce numéro marque en plus le commencement d’une lignée qui donnera naissance à quelques-unes des armes américaines les plus célèbres.

Le système avait été développé par Benjamin Tyler Henry, dont le brevet fut accordé le 16 octobre 1860. L’arme utilisait une cartouche métallique à percussion annulaire de calibre .44, nettement plus fiable et performante que les précédentes munitions du système Volcanic.

Environ 14 000 fusils Henry furent fabriqués entre 1860 et 1866 par la New Haven Arms Company. Le Henry est aujourd’hui considéré comme le premier fusil à répétition à levier véritablement pratique et comme le prédécesseur direct des Winchester.

Le premier Winchester, avant même la naissance de Winchester

À l’époque de sa fabrication, la Winchester Repeating Arms Company n’existait pas encore sous ce nom.

L’entrepreneur Oliver Winchester avait pris le contrôle de la Volcanic Repeating Arms Company, avant de la réorganiser sous le nom de New Haven Arms Company. C’est cette société qui développa et produisit le Henry.

En 1866, l’entreprise devint officiellement la Winchester Repeating Arms Company. Le mécanisme du Henry fut alors amélioré pour donner naissance au Winchester Model 1866, puis aux célèbres modèles 1873, 1876, 1886, 1892 et 1894.

La numérotation n’ayant pas été recommencée lors de cette évolution, certains collectionneurs considèrent aujourd’hui le Henry numéro 1 comme le tout premier Winchester de l’histoire, même si le nom Winchester ne figurait pas encore sur l’arme.

Ce fusil ne représente donc pas seulement le début d’un modèle. Il matérialise la naissance d’une dynastie industrielle devenue indissociable de la conquête de l’Ouest et de la culture américaine.

Une arme offerte au bras droit d’Abraham Lincoln

Son numéro de série ne suffit cependant pas à expliquer les 5,9 millions de dollars.

Cette arme avait été spécialement préparée pour Edwin M. Stanton, secrétaire à la Guerre d’Abraham Lincoln durant la guerre de Sécession. Stanton supervisait une grande partie de l’effort militaire de l’Union et occupait une position centrale dans les décisions concernant l’équipement des forces armées.

À cette époque, les fabricants offraient régulièrement des armes richement décorées aux personnalités susceptibles de favoriser l’obtention de contrats publics.

La New Haven Arms Company cherchait justement à convaincre le gouvernement d’adopter son nouveau fusil à répétition. Plusieurs exemplaires de prestige furent donc remis à des membres particulièrement influents de l’administration.

Trois d’entre eux sont aujourd’hui surnommés les « Lincoln Cabinet guns » :

  • le numéro 1, offert à Edwin Stanton ;
  • le numéro 6, offert au président Abraham Lincoln ;
  • le numéro 9, offert au secrétaire à la Marine Gideon Welles.

Le fusil de Lincoln est aujourd’hui conservé au Smithsonian National Museum of American History. Celui de Gideon Welles appartient à l’Autry Museum of the American West. Le numéro 1 de Stanton était donc le seul des trois encore disponible sur le marché privé.

Un fusil conçu comme un cadeau d’État

Le Henry de Stanton n’est pas une arme militaire ordinaire sortie directement d’une caisse.

Son boîtier et sa plaque de couche en laiton argenté sont recouverts de fines gravures végétales réalisées en usine par Samuel J. Hoggson. Sur le côté gauche apparaît l’inscription :

« EDWIN M. STANTON / Secretary of War »

Le fusil possède également une crosse en palissandre verni, un canon octogonal et plusieurs caractéristiques propres aux tout premiers exemplaires produits.

Son état de conservation a fortement participé à sa valeur. L’arme ne possède pas seulement une histoire exceptionnelle : elle conserve encore les éléments permettant de l’identifier comme une pièce de présentation officielle fabriquée aux débuts du Henry.

Retrouvé chez les descendants de Stanton

Le fusil serait resté dans la famille d’Edwin Stanton pendant plus d’un siècle.

Il fut redécouvert à la fin des années 1960 par le marchand et collectionneur Arnold « Big » Marcus Chernoff, qui l’obtint auprès des descendants de Stanton. Il fut ensuite étudié, exposé et présenté dans plusieurs ouvrages spécialisés consacrés aux Winchester et aux armes gravées.

Cette provenance continue est essentielle. Dans le domaine des armes historiques, une histoire spectaculaire ne suffit pas : il faut encore pouvoir démontrer que l’objet est bien celui qu’il prétend être.

Dans le cas du Henry numéro 1, le numéro de série, l’inscription, les caractéristiques de fabrication, l’historique familial et les nombreuses publications consacrées à l’arme forment un ensemble particulièrement difficile à reproduire.

Ce que l’acheteur a réellement payé

Le nouveau propriétaire n’a donc pas simplement acheté un fusil ancien capable de tirer une cartouche de calibre .44.

Il a acheté simultanément :

  • le premier exemplaire de production d’une arme révolutionnaire ;
  • l’origine de la lignée des Winchester à levier ;
  • une pièce liée au gouvernement d’Abraham Lincoln ;
  • le seul « Lincoln Cabinet gun » encore disponible pour les collectionneurs ;
  • une arme gravée et personnalisée pour le secrétaire à la Guerre ;
  • un objet resté dans un état de conservation exceptionnel.

Chacun de ces éléments aurait déjà pu rendre une arme très recherchée. Leur réunion dans un seul et même objet explique pourquoi les enchères ont largement dépassé l’estimation comprise entre 1,6 et 3,5 millions de dollars.

À 5,875 millions de dollars, ce Henry devient officiellement le fusil le plus cher jamais vendu aux enchères.

Une somme vertigineuse pour une arme vieille de plus de 160 ans, mais surtout pour un simple chiffre frappé dans l’acier : le numéro 1.

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