Depuis 1967

Actualité

Le fusil le plus cher du monde vendu 5,9 millions de dollars

Le 27 juin 2026, le fusil Henry numéro 1, offert au secrétaire à la Guerre de Lincoln, a été adjugé 5,875 millions de dollars : un record mondial pour un fusil aux enchères. Retour sur une arme hors norme.

Publié

(

Fusil Henry a levier de sous-garde, modele 1860, cadre en laiton

Un fusil ancien, une gravure discrète et un simple numéro frappé sur le canon : 1.

Le 27 juin 2026, cette arme a été adjugée aux États-Unis pour 5,875 millions de dollars, établissant un nouveau record mondial pour un fusil vendu aux enchères. Son estimation initiale était pourtant comprise entre 1,6 et 3,5 millions de dollars.

À première vue, ce Henry à levier de sous-garde ressemble à une très belle arme du XIXᵉ siècle. Mais pour les collectionneurs, il représente bien davantage : il serait à la fois le premier Henry de production, l’ancêtre direct des Winchester et l’une des dernières armes encore accessibles liées au gouvernement d’Abraham Lincoln.

Cinq millions de dollars, avant les frais

La vente s’est déroulée à Bedford, au Texas, lors de « The American Sale », une vente organisée par Rock Island Auction Company pour célébrer les 250 ans des États-Unis.

Les enchères ont atteint 5 millions de dollars au marteau. Une fois les frais ajoutés, le prix réellement payé s’est élevé à 5,875 millions de dollars, soit bien au-delà du précédent record mondial pour un fusil vendu aux enchères.

Ce montant égale également le prix au marteau atteint par le Colt Single Action Army associé à la mort de Billy the Kid, présenté par la maison de ventes comme l’une des armes les plus chères de l’histoire.

Mais pourquoi un collectionneur a-t-il accepté de dépenser une telle somme pour ce fusil ?

Le numéro de série qui change tout

Le premier élément se trouve sur le canon, juste devant la culasse : le chiffre 1.

Il ne s’agit pas d’un numéro symbolique ajouté ultérieurement. Selon Rock Island Auction Company, cette arme est le premier exemplaire de production du fusil Henry, l’une des premières armes à répétition réellement efficaces utilisant une cartouche métallique autonome.

Dans le monde de la collection, le numéro de série 1 d’un modèle important possède déjà une valeur considérable. Ici, ce numéro marque en plus le commencement d’une lignée qui donnera naissance à quelques-unes des armes américaines les plus célèbres.

Le système avait été développé par Benjamin Tyler Henry, dont le brevet fut accordé le 16 octobre 1860. L’arme utilisait une cartouche métallique à percussion annulaire de calibre .44, nettement plus fiable et performante que les précédentes munitions du système Volcanic.

Environ 14 000 fusils Henry furent fabriqués entre 1860 et 1866 par la New Haven Arms Company. Le Henry est aujourd’hui considéré comme le premier fusil à répétition à levier véritablement pratique et comme le prédécesseur direct des Winchester.

Le premier Winchester, avant même la naissance de Winchester

À l’époque de sa fabrication, la Winchester Repeating Arms Company n’existait pas encore sous ce nom.

L’entrepreneur Oliver Winchester avait pris le contrôle de la Volcanic Repeating Arms Company, avant de la réorganiser sous le nom de New Haven Arms Company. C’est cette société qui développa et produisit le Henry.

En 1866, l’entreprise devint officiellement la Winchester Repeating Arms Company. Le mécanisme du Henry fut alors amélioré pour donner naissance au Winchester Model 1866, puis aux célèbres modèles 1873, 1876, 1886, 1892 et 1894.

La numérotation n’ayant pas été recommencée lors de cette évolution, certains collectionneurs considèrent aujourd’hui le Henry numéro 1 comme le tout premier Winchester de l’histoire, même si le nom Winchester ne figurait pas encore sur l’arme.

Ce fusil ne représente donc pas seulement le début d’un modèle. Il matérialise la naissance d’une dynastie industrielle devenue indissociable de la conquête de l’Ouest et de la culture américaine.

Une arme offerte au bras droit d’Abraham Lincoln

Son numéro de série ne suffit cependant pas à expliquer les 5,9 millions de dollars.

Cette arme avait été spécialement préparée pour Edwin M. Stanton, secrétaire à la Guerre d’Abraham Lincoln durant la guerre de Sécession. Stanton supervisait une grande partie de l’effort militaire de l’Union et occupait une position centrale dans les décisions concernant l’équipement des forces armées.

À cette époque, les fabricants offraient régulièrement des armes richement décorées aux personnalités susceptibles de favoriser l’obtention de contrats publics.

La New Haven Arms Company cherchait justement à convaincre le gouvernement d’adopter son nouveau fusil à répétition. Plusieurs exemplaires de prestige furent donc remis à des membres particulièrement influents de l’administration.

Trois d’entre eux sont aujourd’hui surnommés les « Lincoln Cabinet guns » :

  • le numéro 1, offert à Edwin Stanton ;
  • le numéro 6, offert au président Abraham Lincoln ;
  • le numéro 9, offert au secrétaire à la Marine Gideon Welles.

Le fusil de Lincoln est aujourd’hui conservé au Smithsonian National Museum of American History. Celui de Gideon Welles appartient à l’Autry Museum of the American West. Le numéro 1 de Stanton était donc le seul des trois encore disponible sur le marché privé.

Un fusil conçu comme un cadeau d’État

Le Henry de Stanton n’est pas une arme militaire ordinaire sortie directement d’une caisse.

Son boîtier et sa plaque de couche en laiton argenté sont recouverts de fines gravures végétales réalisées en usine par Samuel J. Hoggson. Sur le côté gauche apparaît l’inscription :

« EDWIN M. STANTON / Secretary of War »

Le fusil possède également une crosse en palissandre verni, un canon octogonal et plusieurs caractéristiques propres aux tout premiers exemplaires produits.

Son état de conservation a fortement participé à sa valeur. L’arme ne possède pas seulement une histoire exceptionnelle : elle conserve encore les éléments permettant de l’identifier comme une pièce de présentation officielle fabriquée aux débuts du Henry.

Retrouvé chez les descendants de Stanton

Le fusil serait resté dans la famille d’Edwin Stanton pendant plus d’un siècle.

Il fut redécouvert à la fin des années 1960 par le marchand et collectionneur Arnold « Big » Marcus Chernoff, qui l’obtint auprès des descendants de Stanton. Il fut ensuite étudié, exposé et présenté dans plusieurs ouvrages spécialisés consacrés aux Winchester et aux armes gravées.

Cette provenance continue est essentielle. Dans le domaine des armes historiques, une histoire spectaculaire ne suffit pas : il faut encore pouvoir démontrer que l’objet est bien celui qu’il prétend être.

Dans le cas du Henry numéro 1, le numéro de série, l’inscription, les caractéristiques de fabrication, l’historique familial et les nombreuses publications consacrées à l’arme forment un ensemble particulièrement difficile à reproduire.

Ce que l’acheteur a réellement payé

Le nouveau propriétaire n’a donc pas simplement acheté un fusil ancien capable de tirer une cartouche de calibre .44.

Il a acheté simultanément :

  • le premier exemplaire de production d’une arme révolutionnaire ;
  • l’origine de la lignée des Winchester à levier ;
  • une pièce liée au gouvernement d’Abraham Lincoln ;
  • le seul « Lincoln Cabinet gun » encore disponible pour les collectionneurs ;
  • une arme gravée et personnalisée pour le secrétaire à la Guerre ;
  • un objet resté dans un état de conservation exceptionnel.

Chacun de ces éléments aurait déjà pu rendre une arme très recherchée. Leur réunion dans un seul et même objet explique pourquoi les enchères ont largement dépassé l’estimation comprise entre 1,6 et 3,5 millions de dollars.

À 5,875 millions de dollars, ce Henry devient officiellement le fusil le plus cher jamais vendu aux enchères.

Une somme vertigineuse pour une arme vieille de plus de 160 ans, mais surtout pour un simple chiffre frappé dans l’acier : le numéro 1.

Agenda : les prochains rendez-vous

Tout l'agenda
Lire la suite

Actualité

Les « Dalton » du trafic d’armes tombent sur une autoroute de l’Ain

Près de 150 armes de poing dans une camionnette, douze interpellations et un pivot marseillais des fausses Glock : coup de filet contre les « Daltonlar », gang turc installé en France.

Publié

(

Par

Patrick H
Pistolet Glock 19 Gen 4 vu de profil droit sur fond neutre

Une camionnette interceptée jeudi 10 septembre sur une autoroute de l’Ain, six sacs de sport à l’intérieur, et dedans près de 150 armes de poing : le chiffre suffit à classer l’affaire parmi les plus grosses saisies d’armes de l’année en France. En 48 heures, douze hommes ont été interpellés dans plusieurs départements, avant d’être présentés lundi 14 septembre à un juge d’instruction parisien. Derrière ce coup de filet, les enquêteurs décrivent une organisation criminelle turque au nom digne d’une bande dessinée, les « Daltonlar », et un fil rouge qui parlera aux lecteurs de Cibles : le trafic de contrefaçons de Glock.

Six sacs de sport, douze interpellations

Révélée lundi par le média police-justice Actu17, l’opération s’est jouée entre Paris et Marseille les jeudi 10 et vendredi 11 septembre, avec le concours de plusieurs antennes de la BRI. Selon les informations de BFMTV, les armes voyageaient dans six sacs de sport à bord d’une camionnette interceptée sur une autoroute de l’Ain. Le cadre judiciaire donne la mesure du dossier : une enquête préliminaire ouverte dès juin 2025 par le parquet national anti-criminalité organisée (PNACO), sur la foi d’informations transmises par les autorités allemandes à propos d’un trafic d’armes international, et confiée à l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) ainsi qu’à plusieurs directions zonales de la police nationale. Au terme de 96 heures de garde à vue, tous les suspects, en grande majorité des Turcs, ont nié appartenir à un « groupe criminel turc quel qu’il soit », selon une source policière citée par la chaîne. Ils ont été déférés lundi au tribunal judiciaire de Paris.

Un gang baptisé d’après Lucky Luke

Les « Daltonlar », littéralement « les Dalton » en turc, empruntent leur nom aux quatre frères gaffeurs de Lucky Luke. La référence s’arrête là. Apparu vers 2020 à Istanbul, le groupe est devenu l’une des organisations les plus violentes de la nouvelle génération criminelle turque, recrutant de très jeunes hommes à grand renfort de mises en scène sur les réseaux sociaux ; la presse stambouliote lui prête même un gang rival baptisé « Redkit », du nom turc de Lucky Luke lui-même. En décembre 2025, un tribunal d’Istanbul a prononcé plusieurs réclusions à perpétuité dans un vaste procès visant l’organisation, rapportait alors le site Turkish Minute. Ses activités en Turquie vont du trafic de stupéfiants et de cigarettes aux extorsions de fonds et aux assassinats, détaille BFMTV, et le groupe a essaimé en Europe de l’Ouest : France, Allemagne, Belgique, Espagne, Italie. Plusieurs de ses membres résideraient en région parisienne et à Marseille. C’est précisément ce que l’enquête française vient de mettre au jour.

« Haso », pivot présumé des fausses Glock

Parmi les douze déférés figure Hasan S., dit « Haso », un Français d’origine turque déjà connu de la justice pour des infractions liées aux armes et mis en examen à l’été 2025 par un juge d’instruction marseillais dans une affaire de détention d’armes. En juillet, les enquêteurs ont sonorisé son véhicule ; dans les écoutes, l’homme apparaît comme « le personnage central et incontournable du trafic d’armes contrefaites à Marseille », toujours selon BFMTV. Le même mois, il est soupçonné d’avoir fomenté un projet d’action violente contre un compatriote incarcéré aux Baumettes, qu’il désignait comme un « traître » pour avoir vendu des armes dans la cité phocéenne ; le détenu a été placé à l’isolement avant que le projet n’aboutisse. « Haso » a été interpellé vendredi au petit matin par la BRI, au péage d’Arles, et a gardé le silence durant toute sa garde à vue. À ce stade, aucune source ne précise si les 150 armes de la camionnette sont elles-mêmes des contrefaçons ; c’est l’un des points que l’information judiciaire devra établir.

Trois semaines plus tôt, gare de Lyon

Le dossier fait écho à une autre affaire, distincte à ce stade, mais qui dessine la même géographie. Le 24 août, vers 14 h 30, les douaniers de la gare de Lyon remarquent un voyageur turc de 43 ans qui peine à porter ses deux sacs à dos vers le train de Perpignan. À l’intérieur : 35 pistolets Glock, rapportait Le Parisien, repris par Actu17. La perquisition de son domicile de Melun en livre neuf autres, dont un exemplaire modifié « avec un sélecteur de tir et un chargeur long, permettant de tirer en rafale ». L’expertise est parlante : les 44 armes sont des contrefaçons artisanales de Glock 19 et 26. L’homme, dont la téléphonie trahit quatre séjours en Espagne, deux en Belgique et un en Allemagne, a reconnu avoir livré plus d’une centaine de pistolets du même type à des malfaiteurs ; il a été mis en examen le 28 août et écroué. Fausses Glock par dizaines, filières transeuropéennes, sacs de sport sur les autoroutes : après les kalachnikovs de l’axe franco-belge, ces dossiers rappellent que le marché noir se fournit désormais en armes neuves fabriquées clandestinement, très loin des circuits légaux et tracés du tir sportif. La suite se jouera dans les cabinets d’instruction ; nous y reviendrons.

 

Agenda : les prochains rendez-vous

Tout l'agenda
Lire la suite

Actualité

NaturaBuy victime d’une fuite de données

NaturaBuy confirme une cyberattaque : noms, adresses, téléphones et identifiants de membres ont été extraits, mots de passe chiffrés compris. Ni données bancaires ni numéros SIA, assure l’entreprise. Les réflexes à adopter sans attendre.

Publié

(

Par

guillaume
Rubrique tir du site NaturaBuy, capture d’écran

Les membres de NaturaBuy ont reçu jeudi 11 septembre un e-mail que personne n’aime ouvrir. La grande place de marché française des armes, des munitions et de l’équipement outdoor y confirme avoir été victime d’une cyberattaque la veille, mercredi 10 septembre, et reconnaît que des données personnelles ont été extraites de ses serveurs. Noms, adresses, téléphones : la liste a de quoi faire tiquer les détenteurs, même si l’entreprise assure que ni les documents d’identité, ni les données bancaires, ni les numéros SIA n’ont été touchés. Le point sur ce que l’on sait, ce que l’on ignore, et surtout sur les réflexes à adopter sans attendre.

Ce que NaturaBuy reconnaît

Dans son communiqué, l’entreprise décrit une attaque « externe ciblée, menée avec des moyens particulièrement sophistiqués », détectée le 10 septembre par son système d’alerte et ses équipes. Le site a ensuite été volontairement mis hors ligne, le temps de finaliser un audit de sécurité, avant d’être remis en service une fois la vulnérabilité corrigée ; NaturaBuy ne détaille ni la faille exploitée ni le mode opératoire des attaquants. La plateforme indique avoir notifié la CNIL, comme le RGPD l’y oblige, et déposé plainte. La communication passe pour l’instant exclusivement par e-mail : au moment où nous écrivons ces lignes, la page d’accueil du site, de nouveau en ligne, n’affiche aucune mention de l’incident. C’est le site spécialisé FrenchBreaches, qui suit l’affaire depuis les premiers signalements, qui reproduit l’essentiel du communiqué adressé aux membres.

Ce qui a fuité, ce qui a été épargné

Les attaquants sont parvenus à extraire, selon l’entreprise, les nom, prénom, adresse e-mail, adresse postale, numéro de téléphone et identifiant NaturaBuy des membres concernés, ainsi que leur mot de passe stocké sous forme chiffrée (« crypté », écrit le communiqué, sans préciser la méthode ; c’est la robustesse de ce chiffrement qui déterminera le temps que ces mots de passe tiendront face aux pirates). N’ont en revanche pas été extraits, toujours selon NaturaBuy : les documents d’identité, les données bancaires et moyens de paiement, les numéros SIA, les numéros d’armes et le détail des commandes et des ventes. Pour les tireurs, c’est la moins mauvaise nouvelle du communiqué : ce sont précisément ces informations qui auraient transformé une fuite de fichier client en cartographie de râteliers. Restent les inconnues, et elles sont de taille : le nombre de membres concernés n’est pas communiqué, pas plus que la durée d’accès des attaquants ou leur identité. Ni l’entreprise ni FrenchBreaches ne font état, à ce stade, d’une publication ou d’une mise en vente des données.

Détenteurs : pourquoi cette fuite n’est pas anodine

Un fichier associant identités, adresses et téléphones à la qualité de membre d’une plateforme d’armes, c’est une liste de détenteurs probables : une donnée en or pour des cambrioleurs comme pour des escrocs, on l’a vu cet été en Gironde où des tireurs ont été cambriolés après des fuites de données. NaturaBuy en est manifestement conscient : la consigne la plus frappante du communiqué s’adresse aux détenteurs, appelés à une vigilance particulière face aux tentatives d’usurpation de l’identité des forces de l’ordre. L’entreprise rappelle que « la police, la gendarmerie ou les douanes ne se présenteront pas spontanément au domicile d’un particulier afin de récupérer ses armes ou ses munitions », et recommande, en cas d’appel suspect, de raccrocher puis de composer directement le 17. Le scénario redouté est facile à imaginer : un faux gendarme, au téléphone ou à la porte, muni de votre nom et de votre adresse, venu « contrôler » ou « saisir » vos armes. Face à un fichier détenu par des inconnus, la règle vaut d’être répétée : aucune démarche liée à vos armes ne se fait à l’improviste, le SIA et les procédures officielles passent par des canaux identifiés.

Les bons réflexes, dès maintenant

Premier chantier : le mot de passe. À la prochaine connexion, chaque membre sera invité à en choisir un nouveau, directement sur le site et à sa seule initiative. NaturaBuy insiste : « aucune demande de réinitialisation ne sera envoyée par e-mail ou par SMS ». Tout message de ce type se réclamant de la plateforme est donc un piège, à supprimer sans cliquer. Si le même mot de passe sert ailleurs, messagerie, banque ou autre site de vente, changez-le partout sans attendre. Deuxième chantier : les SMS. Pendant l’indisponibilité du site, des utilisateurs ont signalé des messages frauduleux, dont un prétendu paiement de 269 euros assorti d’un lien suspect ; NaturaBuy n’établit pas de lien entre ces SMS et l’attaque, mais la coïncidence invite à traiter avec la plus grande méfiance tout ce qui arrive par téléphone ou par e-mail en se réclamant de la plateforme, d’une banque ou d’une administration. Avec des identités, des adresses et des numéros en circulation, les campagnes d’hameçonnage à venir pourront être très crédibles ; le bon réflexe reste de ne jamais suivre un lien reçu et de taper soi-même l’adresse du site. L’ampleur exacte de la fuite reste à préciser et l’enquête ne fait que commencer : nous suivrons les suites de l’affaire, en particulier si les données venaient à circuler.

 

Agenda : les prochains rendez-vous

Tout l'agenda
Lire la suite

Actualité

Deux kalachnikovs en 48 heures sur l’axe franco-belge

Une AK chargée sous des vêtements de bébé à Bruxelles-Midi, six douilles de 7,62 mm sur une façade de Tourcoing : en 48 heures, deux affaires rappellent que les armes de guerre circulent des deux côtés de la frontière.

Publié

(

Par

Patrick H
Fusil d'assaut de type kalachnikov (AKM) présenté sous ses deux profils

Jeudi 3 septembre, 9 h 30, gare de Bruxelles-Midi. Un sac de sport intrigue les douaniers belges : trop lourd pour son apparence, porté par un voyageur au comportement fébrile qui descend de l’Eurostar. À l’intérieur, sous des vêtements de bébé, une kalachnikov approvisionnée de trente cartouches. Moins de vingt-quatre heures plus tard, à 110 km de là, le procureur de Lille détaille une autre saisie : l’AK-47 chargée retrouvée dans la voiture de trois Bruxellois de 19 ans, soupçonnés d’avoir mitraillé une façade de Tourcoing. Deux armes de guerre en 48 heures, de part et d’autre d’une frontière que les kalachnikovs semblent traverser aussi facilement que les navetteurs.

Trente cartouches sous les vêtements de bébé

À Bruxelles, c’est le poids inhabituel du sac qui a trahi son porteur, raconte le quotidien L’Avenir. Contrôlé par les douanes à la descente de son train, le jeune homme d’une vingtaine d’années a été interpellé dans le calme par une patrouille mixte associant la police des chemins de fer et des militaires, sans jamais avoir exhibé son arme. Le fusil, dissimulé sous des vêtements de bébé et d’enfant, était approvisionné de trente cartouches. Le suspect, qui voyageait seul et s’exprimait à peine en français, a d’abord déclaré arriver de Lille ; la presse belge évoque aussi un train en provenance de Mons, et son trajet exact reste à établir, tout comme ses intentions. Le ministre belge de l’Intérieur Bernard Quintin y voit la preuve que « le renforcement des patrouilles dans les gares avec l’aide de nos militaires est nécessaire », un dispositif qu’il plaide de poursuivre, voire d’étendre.

Six douilles de 7,62 mm à Tourcoing

Côté français, l’affaire est plus avancée. Dans la nuit du 30 au 31 août, une façade d’habitation de Tourcoing a essuyé des tirs d’arme de gros calibre ; six étuis de 7,62 mm ont été relevés sur place, sans qu’aucune victime ne soit à déplorer. Les suspects ont été interpellés dans la foulée et, vendredi 4 septembre, le procureur de Lille Samuel Finielz a annoncé leur mise en examen : trois jeunes gens « nés en 2007 », à peine majeurs, domiciliés à Bruxelles, poursuivis pour association de malfaiteurs en vue de préparer un ou plusieurs crimes, dont un homicide en bande organisée, dans un dossier ouvert « en connexité avec la Belgique ». Dans leur véhicule, les enquêteurs ont trouvé l’arme décrite par le magistrat comme « un fusil-mitrailleur, une arme de guerre de type AK-47, qui était chargée ». L’un des trois, également mis en examen pour complicité de tentative de meurtre en bande organisée et pour port et transport d’arme de guerre, a été placé en détention provisoire ; ses deux comparses sont sous contrôle judiciaire.

Un axe, deux directions

Rien n’indique à ce stade que les deux affaires soient liées. Mais leur simple juxtaposition dessine une géographie que policiers français et belges connaissent par cœur : des tireurs bruxellois à peine majeurs qui opèrent dans le Nord, un voyageur armé qui dit venir de Lille et se fait cueillir à Bruxelles. La capitale belge sort d’un été marqué par une vague de fusillades que la presse locale attribue à des représailles entre bandes rivales, et les armes automatiques y circulent avec une facilité déconcertante. La France n’est pas en reste : cet été encore, un Français a été arrêté avec trois missiles antichar dans sa camionnette, rappel que le marché noir des armes de guerre ne se limite pas aux pistolets de cave. Face à des flux qui empruntent l’Eurostar comme l’autoroute, les saisies de ce début septembre ressemblent moins à un coup de filet qu’à un échantillon.

Fusil-mitrailleur ? Pas exactement

Un mot, enfin, sur le vocabulaire du parquet, qui fera tiquer les tireurs : l’AK-47 n’est pas un « fusil-mitrailleur », arme d’appui conçue pour le tir soutenu sur bipied, mais bien un fusil d’assaut, l’avtomat imaginé par Mikhaïl Kalachnikov pour le combat d’infanterie. La confusion est ancienne, tenace, et nous lui avons déjà consacré un lexique. Elle ne change rien au fond du dossier : dans les deux affaires, il s’agit d’armes automatiques de guerre, strictement interdites aux civils, sans le moindre rapport avec les armes que les licenciés manipulent en stand sous le contrôle de leur fédération. Les enquêtes suivent leur cours des deux côtés de la frontière ; les prétoires de Lille et de Bruxelles diront ce que ces kalachnikovs faisaient là.

Agenda : les prochains rendez-vous

Tout l'agenda
Lire la suite

Tendances