Actualité
Missiles de Bari : MBDA vole au secours de son convoyeur
Avocats et fabricant sont sortis du silence : les trois Akeron saisis en Italie seraient des maquettes d’essais inertes, transportées sous licence. MBDA reconnaît toutefois un marquage défaillant.
Une semaine après la révélation de l’affaire, la défense sort du bois. Jeudi 27 août, les avocats de Régis Normand, ce chauffeur français incarcéré depuis juin à Bari après la découverte de trois missiles Akeron dans sa camionnette, et MBDA, leur fabricant, ont livré une tout autre version que celle du parquet italien : pas de trafic, pas d’armes de guerre, mais des maquettes d’essais inertes convoyées sous licence par un transporteur habilité, victime d’un dossier administratif défaillant. La justice italienne, elle, n’a pas rendu sa liberté au chauffeur.
Des maquettes d’essais, selon MBDA
L’homme est « innocent » et victime de problèmes administratifs qui ne sont pas de son fait, ont affirmé jeudi à l’AFP ses avocats et le missilier européen. « Ce sont des maquettes de test inertes, sans élément pyrotechnique. Elles ne présentaient aucun danger », assure MBDA. La position prend le contre-pied de l’ordonnance de placement en détention : les experts de l’armée italienne qui avaient examiné les trois engins les avaient classés, sur les premiers éléments recueillis, comme armes de guerre.
Un porte-parole du groupe, interrogé par France Télévisions, a apporté le même jour une précision qui change la lecture de toute l’affaire : tous les matériels transportés ne portaient pas le marquage signalant l’absence d’ogive. Or c’est précisément ce point qui avait déclenché l’enquête. Les conteneurs arboraient des bandes bleues, code OTAN des munitions inertes, dont les enquêteurs avaient établi qu’il s’agissait d’adhésif amovible recouvrant les bandes jaunes et noires réservées aux charges explosives. Si la version du fabricant est exacte, le fameux ruban bleu ne maquillait donc pas des armes de guerre en matériel d’exercice : il corrigeait, très artisanalement, un marquage d’origine erroné. MBDA souligne par ailleurs que l’entreprise de transport qui emploie Régis Normand était habilitée pour ce type d’acheminement et avait déjà travaillé pour le groupe.
Une licence valable jusqu’en janvier 2027
Sur le terrain du droit, la défense avance une pièce maîtresse. « Le caractère licite de toute l’opération a pour preuve une licence individuelle de transfert émise par le Ministère français des armées, valide jusqu’au 26 janvier 2027, qui autorisait expressément le transport temporaire de ces armes vers leur destination en Grèce », a expliqué à l’AFP l’avocat italien du chauffeur, Fabio Schino. Son confrère français, Elias Stansal, enfonce le clou : « Il ne s’agit en aucun cas d’un trafic d’armes de guerre. Il n’a commis aucune infraction mais depuis bientôt trois mois, il se retrouve plongé au cœur d’une problématique administrative qui le dépasse complètement. »
Détenu depuis le 9 juin, le chauffeur avait présenté au port trois lettres de voiture internationales ; sa défense a ensuite versé au dossier des documents commerciaux ainsi qu’une autorisation délivrée en 2025 par l’État français à MBDA France pour ses activités portant sur du matériel de guerre, rapporte le site spécialisé Aerotime.
Le chaînon crétois
Restait une question laissée en suspens par le premier acte de l’affaire : que faisaient des Akeron sur une île grecque ? Un élément de contexte, passé inaperçu au moment de l’arrestation, éclaire le dossier. Le 2 juin 2026, MBDA et le fabricant de drones grec Altus LSA menaient sur le champ de tir OTAN de Crète (NATO Missile Firing Installation) les premiers essais d’éjection du programme Kerveros : des Akeron MP inertes largués depuis l’Atlas 8, un drone octocoptère de charge lourde appelé à devenir le premier drone d’attaque grec armé de missiles antichars.
Aerotime relève que l’itinéraire et le calendrier du convoi coïncident avec la fin de cette campagne d’essais : arrêté quelques jours plus tard au débarquement d’un ferry venant de Grèce, Régis Normand a toujours déclaré ramener au fabricant des missiles passés par la Crète. Aucune confirmation officielle ne lie à ce stade la cargaison saisie aux essais Kerveros, mais dans un dossier où le parquet s’interroge justement sur l’origine et la destination des engins, le rapprochement a son poids.
Ce qui coince encore à Bari
Pourquoi, alors, l’homme reste-t-il derrière les barreaux ? Parce que la juge Valeria Isabella Valenzi estime que le dossier présenté ne répond pas à toutes les questions : des tampons et des dates discordants dans les documents d’accompagnement, et surtout les autorisations que la loi italienne exige pour faire transiter du matériel militaire, produites ni au port ni devant le tribunal. Le chargement lui-même reste au cœur de l’expertise : cinq conteneurs, dont un vide, un missile d’entraînement dépourvu de guidage, de propulsion et d’ogive, trois Akeron et des tubes de lancement.
Deux lectures s’affrontent désormais frontalement : un fiasco administratif qui vaut un été de prison à un chauffeur, ou un transport d’armes de guerre insuffisamment justifié. Si les déclarations de MBDA se confirment, l’affaire dira moins un trafic que la fragilité des procédures de marquage et de traçabilité des matériels sensibles qui circulent en Europe, entre sites d’essais, bases et usines. En attendant que la justice italienne tranche, la présomption d’innocence s’applique, et un salarié d’une entreprise de transport entame son troisième mois de détention pour des missiles que leur propre fabricant décrit comme incapables de tirer.
Actualité
Arrêté avec 3 missiles antichar dans sa camionnette
Contrôlé à la descente d’un ferry grec au port de Bari, un Français de 46 ans transportait trois missiles antichars Akeron aux ogives maquillées au ruban adhésif. Il assure travailler pour le fabricant MBDA ; la justice italienne l’a placé en détention.
Un contrôle de routine comme les polices portuaires en mènent des dizaines par jour, et une découverte comme on n’en fait pas deux par carrière. En juin, au port de Bari, dans le sud de l’Italie, les policiers qui inspectaient une camionnette débarquée d’un ferry en provenance de Patras, en Grèce, sont tombés sur trois missiles antichars Akeron, l’arme la plus moderne de sa catégorie dans l’arsenal français. Au volant, un Français de 46 ans, placé depuis en détention provisoire pour trafic d’armes. L’affaire, révélée cette semaine par la presse internationale sur la foi de documents judiciaires italiens, mêle armes de guerre, ruban adhésif et zones d’ombre.
Du ruban bleu sur les ogives
Le détail qui a mis la puce à l’oreille des enquêteurs tient à un code couleur. Dans la nomenclature de l’OTAN, les munitions d’exercice inertes portent des bandes bleues ; les bandes jaunes et noires signalent au contraire une ogive explosive. Or, selon la décision de placement en détention citée par les agences de presse, les bandes jaunes et noires des trois missiles avaient été recouvertes de ruban adhésif bleu, pour les faire passer pour du matériel d’entraînement de l’OTAN. La camionnette transportait d’ailleurs, à côté des trois missiles opérationnels, un quatrième engin d’exercice dépourvu d’ogive ainsi qu’un tube de lancement.
Autrement dit, quelqu’un s’est donné la peine de maquiller des armes de guerre en accessoires de manœuvre. C’est précisément ce camouflage artisanal, aux antipodes des procédures qui encadrent normalement les mouvements de matériel militaire, qui a transformé un contrôle douanier ordinaire en affaire d’État miniature.
La version du transporteur
Le conducteur, Régis Normand, originaire de la région parisienne, a livré sa version aux enquêteurs : il affirme avoir transporté ces missiles pour le compte de MBDA France, leur fabricant. Selon le mandat d’arrêt, les engins auraient été réparés sur l’île de Crète et l’homme les ramenait, dit-il, vers le missilier. Sollicité par les agences de presse, MBDA France n’avait pas réagi dans l’immédiat.
La justice italienne, elle, n’a pas été convaincue. Les procureurs de Bari ont relevé l’absence d’autorisations de transport pour de telles armes et des incohérences dans les documents d’accompagnement présentés. En attendant que l’enquête tranche entre le convoyeur mal documenté et le trafiquant très haut de gamme, l’homme reste derrière les barreaux.
Le successeur du Milan
Reste la question qui donne son poids à l’affaire : l’Akeron n’est pas un surplus militaire en fin de vie. Développé par MBDA sous le nom de MMP (Missile Moyenne Portée) et rebaptisé Akeron MP en 2022, ce missile équipe l’armée française depuis 2017, où il a remplacé le vénérable Milan. Le fabricant le présente comme « le seul missile de cinquième génération en service et éprouvé au combat » : tir et oubli, guidage par imagerie, capacité de tir depuis un espace confiné et une portée de 4000 m. La Belgique et la Suède l’ont également commandé. C’est, en clair, l’un des missiles antichars les plus modernes du monde occidental, celui-là même que les fantassins français mettent en œuvre sur les théâtres d’opérations.
D’où le malaise que soulève l’affaire, quelle que soit son issue judiciaire. Si la version du transport pour le compte du fabricant se confirme, il faudra expliquer comment trois missiles opérationnels ont pu voyager dans une camionnette banalisée, sur un ferry de ligne régulière, avec des marquages recouverts d’adhésif et des papiers incomplets. Si elle ne se confirme pas, c’est qu’un circuit parallèle est parvenu à sortir de l’arsenal l’une des armes les plus sensibles du catalogue européen. Aucun des deux scénarios n’est rassurant.
L’enquête continue
Les autorités italiennes ont ordonné la poursuite des investigations, et l’intéressé bénéficie, rappelons-le, de la présomption d’innocence. Les saisies d’armes réservent décidément leur lot de surprises : après la kalachnikov à trottinette de Vaulx-en-Velin cet été, voici les missiles antichars en camionnette de Bari. À chaque échelle son insolite ; celui-ci se jouera devant la justice italienne, et peut-être dans les bureaux de MBDA.
Actualité
Gironde : des tireurs cambriolés, l’ombre des fuites de données
Vendredi, au Haillan, des cambrioleurs ont dérobé en deux heures les armes de tireurs sportifs, pourtant rangées en coffres-forts scellés. Une question dérange : les fuites de données qui frappent le monde du tir depuis un an guident-elles les voleurs ?
Deux heures ont suffi. Vendredi 21 août, entre 14 h et 16 h, une maison de la rue Jacques Brel au Haillan, dans la banlieue ouest de Bordeaux, a été cambriolée : les voleurs sont repartis avec des armes pourtant rangées dans des coffres-forts scellés, ainsi que des bijoux et de l’argent liquide, d’après les informations d’actu Bordeaux confirmées par la police nationale. Les occupants sont des tireurs sportifs. Et une question s’impose, que beaucoup de détenteurs légaux se posent depuis des mois : les cambrioleurs frappent-ils au hasard, ou les fuites de données qui se succèdent dans le monde du tir leur servent-elles de repérage ?
Un casse éclair en plein après-midi
Le mode opératoire ne ressemble pas à un cambriolage d’opportunité. L’intrusion a eu lieu en pleine journée, dans un créneau étroit, et les malfaiteurs sont allés droit aux armes malgré leur rangement en coffres scellés. Une camionnette blanche dépourvue de plaque d’immatriculation et deux individus ont été aperçus lors des faits, toujours selon actu Bordeaux. À ce stade, rien ne prouve que les victimes aient été ciblées en raison de leur qualité de tireurs sportifs : l’enquête ne fait que commencer, et la prudence s’impose. Mais le contexte, lui, est tout sauf anodin.
Un an de fuites en série
Si l’hypothèse d’un vol guidé par les données revient avec autant d’insistance, c’est que la liste des incidents s’est dangereusement allongée. Dès l’automne 2024, au moment du passage mouvementé d’ITAC à EDEN, nous nous inquiétions de la robustesse des systèmes informatiques de la FFTir. En octobre 2025, la fédération a effectivement été victime d’un vol de données touchant ses licenciés.
Le coup le plus rude est venu ensuite du fichier national lui-même. Fin mars 2026, un pirate a revendiqué la mise en vente de données liées à 62 511 armes, avec des informations détaillées sur les propriétaires et les transactions, une annonce repérée par le site spécialisé FrenchBreaches. Le Service central des armes et explosifs (SCAE), qui administre le Système d’information sur les armes au ministère de l’Intérieur, a confirmé un accès frauduleux au compte professionnel d’une entreprise utilisatrice du SIA : le point d’entrée serait le Livre de police numérique d’un armurier, dont les identifiants avaient été compromis. Précision importante, souvent perdue dans les résumés : le système central du SIA n’a pas été directement piraté, c’est un compte périphérique qui a été forcé. Pour les détenteurs dont le nom, l’adresse et la liste des armes figurent dans les données extraites, la nuance technique est toutefois de peu de réconfort.
Dernier épisode en date, début août : l’armurerie Lavaux, poids lourd de la vente en ligne, a confirmé une cyberattaque ayant exposé les données de commandes de ses clients depuis 2025, soit plus de 90 000 personnes selon FrenchBreaches. Identités, numéros de téléphone, adresses de livraison et détail des produits achetés sont concernés ; les numéros SIA, pièces d’identité et données bancaires ont en revanche été épargnés, et l’enseigne a notifié la CNIL et porté plainte. Reste que savoir qui a acheté quoi, et à quelle adresse le faire livrer, est très exactement le genre d’information dont rêve un cambrioleur.
Un scénario écrit d’avance
Le risque n’a rien d’une théorie de comptoir : il est couché noir sur blanc au Journal officiel depuis le printemps. Dans une question écrite publiée le 7 avril 2026, le député du Var Frank Giletti alertait le ministre de l’Intérieur sur les conséquences concrètes de la fuite liée au SIA pour les détenteurs légaux : « tentatives d’escroquerie par hameçonnage, usurpation de qualité, voire repérage en vue de cambriolages ciblés visant des armes détenues à domicile ». Quatre mois et demi plus tard, la question n’a toujours pas reçu de réponse publiée.
Entre-temps, les faits divers se sont chargés du commentaire. Le 15 août, neuf armes étaient dérobées dans l’appartement d’un tireur sportif à Lyon, pour un préjudice estimé à 15 000 euros. Six jours plus tard, Le Haillan. Deux affaires, deux régions, et aucun lien établi par les enquêteurs à ce jour : il serait malhonnête d’affirmer que les fuites de données ont armé la main des voleurs. Mais la répétition de cambriolages visant précisément des tireurs sportifs, quelques mois après la dispersion de fichiers contenant noms, adresses et inventaires d’armes, interroge légitimement.
Se protéger, maintenant
Les données qui ont fui ne reviendront pas. La seule variable qui reste entre les mains des tireurs, c’est la difficulté de la cible. Quelques réflexes s’imposent plus que jamais :
- Le coffre-fort ou l’armoire forte, solidement fixés, restent la base : l’affaire du Haillan rappelle qu’ils ne rendent pas le vol impossible, mais ils le ralentissent et le compliquent. Séparer le stockage des armes de celui des munitions ajoute un obstacle.
- La discrétion est une protection : éviter d’afficher sa qualité de tireur sur les réseaux sociaux, sur sa boîte aux lettres ou son véhicule, et rester sobre sur les livraisons de matériel à domicile.
- Vigilance maximale face à l’hameçonnage : après les fuites, des courriels frauduleux se réclamant du SIA, de la FFTir ou d’une armurerie peuvent chercher à récupérer identifiants ou informations complémentaires. Aucun organisme ne demande vos codes par courriel.
- En cas de vol, chaque heure compte : dépôt de plainte immédiat avec marques, modèles et numéros de série, puis déclaration du vol dans son espace personnel SIA, afin que les armes soient signalées.
L’enquête girondine dira si les cambrioleurs du Haillan savaient précisément où ils mettaient les pieds. En attendant, une certitude : entre les fichiers fédéraux, le SIA et les boutiques en ligne, les tireurs français ont rarement eu autant de raisons de soigner à la fois leur serrure et leur hygiène numérique.
Actualité
Quand le duel au pistolet était un sport olympique
Athènes 1906 : des médailles olympiques pour du tir sur mannequin en redingote, avec deux Français à l’honneur. Puis vint le duel aux balles de cire, où l’on se tirait dessus pour de vrai. Histoire d’une discipline disparue.
Il fut un temps où l’on gagnait des médailles olympiques en tirant sur un mannequin vêtu d’une redingote. À Athènes, en avril 1906, le duel au pistolet figurait en bonne place au programme des Jeux, entre le fusil militaire et la fosse aux plateaux. Deux épreuves, deux podiums, et deux Français à l’honneur. Six ans plus tard, Stockholm remettait le couvert avant que la discipline ne disparaisse à jamais du programme. Entre-temps, des passionnés avaient poussé la logique un cran plus loin : se tirer dessus pour de vrai, avec des balles de cire et des masques d’escrime. Récit d’une des pages les plus étonnantes de l’histoire du tir sportif.
Athènes 1906 : un mannequin en redingote
Aux Jeux d’Athènes de 1906, dits « intercalaires », que le CIO ne comptabilise plus aujourd’hui dans ses statistiques officielles, le stand du Skopeftirion de Kallithéa accueille douze épreuves de tir du 23 au 28 avril. Deux d’entre elles portent des noms français jusque dans les documents officiels : le duel « au visé » et le duel « au commandement ». La cible ? La silhouette d’un homme habillé d’une redingote, le centre placé en pleine poitrine. Les armes : des pistolets de duel à chargement par la bouche, d’un calibre voisin de 11,4 mm (.45).
Le 24 avril, l’épreuve au visé se tire à 20 m, en trente coups comptés sur 300 points, visée posée. Le capitaine français Léon Moreaux touche ses trente silhouettes et l’emporte avec 242 points, devant l’Italien Cesare Liverziani (233) et un autre Français, Maurice Lecoq (231), par ailleurs titré au pistolet libre à 25 m ces mêmes Jeux. Le lendemain, place au duel au commandement, à 25 m cette fois : le tireur attend, pistolet le long du corps, puis le directeur de tir lance « Feu ! un, deux, trois », et le coup doit partir avant le « trois ». Le Grec Konstantinos Skarlatos s’impose avec 29 silhouettes touchées sur 30 et 133 points, loin devant les Suédois Hübner von Holst et Vilhelm Carlberg (115 points chacun). Avec douze médailles en tir, dont quatre d’or, la France termine première nation de la discipline à Athènes.
Des balles de cire pour se tirer dessus
À la même époque, une variante autrement plus spectaculaire fait fureur dans les salons parisiens : le duel aux balles de cire. Né en France, où une véritable école du duel s’est ouverte à Paris dans les années 1900, ce sport met deux tireurs face à face, chacun visant l’autre. Les projectiles de cire ne pardonnent pas grand-chose à courte distance : les duellistes s’équipent donc d’un masque à visière vitrée, d’un long sarrau de toile et de pistolets munis d’une coquille protégeant la main, comme en témoignent les photographies d’époque.
En 1908, pendant les Jeux de Londres, la discipline s’offre une vitrine en marge du programme officiel : dans le cadre de l’Exposition franco-britannique, des équipes de plusieurs nations, dont la France, s’affrontent sur les installations de l’escrime olympique, devant un public d’invités. L’épreuve disputée à 20 m est remportée par l’équipe française. L’année suivante, la mode traverse l’Atlantique : à New York, les membres du Carnegie Sword and Pistol Club croisent le fer, ou plutôt la cire, à 18 m, avec des pistolets de duel français et des balles importées de France.
Stockholm 1912, dernier duel olympique
Le duel au pistolet fait une dernière apparition officielle aux Jeux de Stockholm, en 1912, sur le stand de Kaknäs. Plus question de se viser mutuellement : on tire sur cible, à 30 m, trente coups en six séries de cinq, le classement se faisant d’abord au nombre d’impacts, puis aux points. Le 29 juin, devant 42 concurrents de dix nations, un Américain de 20 ans, Alfred Lane, réalise un sans-faute à 287 points sur 300, devançant d’un point le Suédois Paul Palén. Le bronze se joue en barrage entre le Suédois von Holst, déjà médaillé du duel athénien de 1906, et l’Américain John Dietz : 284 à 282 pour le Scandinave. Par équipes, la Suède écrase le concours avec 120 impacts sur 120 possibles, emmenée par les jumeaux Vilhelm et Eric Carlberg, devant la Russie et la Grande-Bretagne. Lane, lui, repart de Suède avec trois titres olympiques ; il en ajoutera deux autres à Anvers en 1920.
Puis plus rien. Après 1912, le duel disparaît du programme olympique, emporté par la Grande Guerre et par le déclin du duel tout court dans les mœurs européennes.
L’héritage du tir rapide
La discipline n’a pourtant pas tiré sa révérence sans descendance. Les historiens de l’olympisme voient dans le duel au commandement l’ancêtre direct du pistolet vitesse : départ arme basse, temps compté, silhouettes à battre. Le principe a survécu un siècle, même si les cibles humaines ont depuis longtemps cédé la place à des cartons standardisés. Une trajectoire qui rappelle celle des épreuves de poudre noire, dont chaque nom charrie un morceau d’histoire : les disciplines passent, le geste reste.
Quant à l’idée de s’affronter en face à face sans risque, elle n’a pas dit son dernier mot : elle revit aujourd’hui dans le tir virtuel et l’e-sport, que la Fédération internationale explore très officiellement. Les duellistes de 1908 avec leurs masques à hublot n’auraient sans doute pas renié leurs lointains héritiers à casque de réalité virtuelle.
-
Réglementationil y a 4 moisCatégorie B : les 5 étapes pour obtenir une autorisation
-
Actualitéil y a 1 semaineLyon : neuf armes volées chez un tireur sportif
-
Réglementationil y a 4 moisComprendre les catégories d’armes A, B, C, D en France
-
Actualitéil y a 4 semainesLe fusil le plus cher du monde vendu 5,9 millions de dollars
-
Conseilsil y a 2 moisTir par forte chaleur : ce qui change vraiment
-
Réglementationil y a 2 ansNouveau décret : Armes à blanc, armes d’alarme et armes de signalisation
-
Actualitéil y a 1 moisButler : le policier qui a riposté à l’assaillant de Trump
-
Actualitéil y a 2 moisLa FFTir en route vers les 300 000 licenciés

