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Réglementation

Nouveau décret : Armes à blanc, armes d’alarme et armes de signalisation

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À compter d’aujourd’hui 1er juillet 2024, les armes à blanc et d’alarme et de signalisation sont surclassées en catégorie C12 et sont donc soumises aux règles d’acquisition de cette catégorie.

Voici ce qui change et ce que cela implique :

– Il faut un certificat médical de moins d’un mois pour les acquérir (la présentation d’une licence, permis de chasser ou carte de collectionneur évite celle du certificat médical).
– L’acquisition et la mise en possession nécessitent l’inscription dans le SIA (attention, l’option C12° pour les créations de compte sans titre n’existe pas encore informatiquement dans le SIA !).
– Celles déjà détenues ne sont pas à déclarer à condition qu’elles répondent à la nouvelle définition et remplissent les 4 critères définissant une arme à blanc, de signalisation ou d’alarme :

  • Elle ne tire que des munitions à blanc, des produits irritants, d’autres substances actives ou des cartouches de signalisation pyrotechnique ;
  • Elle ne peut pas être facilement transformée pour le tir à balles réelles ;
  • Qu’elle possède “ un système d’alimentation”, ce qui exclut les armes à un coup ou à deux canons;
  • Qu’elle réponde aux prescriptions règlementaires prises par arrêté.

– Pas de règle de stockage particulière.
– Création d’un numéro dans le Registre Général des Armes pour chaque arme.
– Comme pour toutes les armes de catégories C, la transaction doit s’effectuer “en présence d’un armurier ou par l’intermédiaire d’un courtier”.
– Que l’arme soit trouvée ou provienne d’un héritage, cela implique déclaration via la création d’un compte et nécessite la présentation d’un certificat médical de moins d’un mois (la présentation d’une licence, permis de chasser ou carte de collectionneur évite celle du certificat médical).
– Nul n’étant censé ignorer la loi, dans le cas de détention d’armes anciennes ne correspondant plus à la nouvelle définition d’une arme d’alarme et de signalisation, le possesseur se retrouve de facto dans la situation de détention illégale d’une arme à feu…

Les professionnels s’inquiètent des conséquences économiques et juridiques à propos de l’application de ce nouveau décret et comme l’indique Jean-Jacques Buigne, fondateur de l’Union Française des Amateurs d’Armes : “Ce décret arrive comme un cheveu sur la soupe à une heure où rien n’est prêt pour son application : les numéros RGA des armes d’alarme et de signalisation n’existent pas. Les armes en stocks chez les importateurs sont entrées en catégorie D, elles ne figurent pas sur leur LPN (Livre de Police Numérique) et la profession n’a aucune consigne claire pour gérer la transition. Tant que le ministère n’aura pas éclairci ces éléments, il y a fort à parier que les éléments du décret concernant ces armes ne pourront pas trouver une application matérielle”.

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Pourquoi certains tireurs pensent que nous avons tort ?

Prêt d’arme, transport, coffre : vous avez été nombreux à nous donner tort. Réponse point par point, le code de la sécurité intérieure à la main : nous maintenons chaque ligne.

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Patrick H

Notre article « La plupart des tireurs sont hors la loi sans le savoir », publié lundi, a fait ce que peu d’articles font : remplir ses commentaires de références juridiques. Prêt d’arme, motif légitime, conservation : des lecteurs nous donnent tort, certains avec aplomb, d’autres avec de vrais arguments. Nous maintenons chaque ligne, et nous le démontrons ici, le code de la sécurité intérieure à la main, article par article. Au passage, une explication : si tant de tireurs de bonne foi pensent que nous avons tort, c’est que le droit des armes ne se lit pas comme le reste du droit.

« Pas interdit, donc autorisé » ? Pas en catégorie B

L’argument le plus répété : ce que la loi n’interdit pas serait autorisé, donc faire essayer son pistolet à un camarade de club ne poserait aucun problème. L’adage est exact en droit commun, c’est même l’article 5 de la Déclaration de 1789. Mais les armes de catégorie B vivent dans le régime inverse : interdiction de principe, autorisation par exception. Nul ne peut en acquérir ni en détenir sans autorisation préfectorale, et cette autorisation est individuelle, nominative, attachée à une arme déterminée. Dans un tel régime, le silence du texte ne crée pas une liberté : ce que l’autorisation ne couvre pas n’est couvert par rien. Le seul prêt que les textes organisent, ce sont les armes de l’association, mises à disposition dans ses installations, au pas de tir, sous le contrôle de l’encadrement : un cadre précis, borné, écrit. L’Union française des amateurs d’armes, dans une analyse co-signée par un avocat, qualifie le prêt hors de ce cadre de « mise à disposition irrégulière ». Et le code chiffre ce qui se passe hors du cadre : détenir une arme de catégorie B sans autorisation expose à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende (article L317-4). Personne ne soutient qu’un essai de trois minutes vaudra trois ans ferme ; mais c’est l’échelle des peines du régime dans lequel ce geste s’inscrit, et elle dit assez qu’on n’est pas en terrain neutre. On nous oppose enfin l’armurier qui fait essayer une arme sur son pas de tir. L’exemple joue contre ses auteurs : l’armurier ne met pas une catégorie B entre les mains d’un client sans avoir contrôlé sa licence, son autorisation et le FINIADA, et s’il le fait tirer, c’est sous sa propre responsabilité. Même la découverte du tir est verrouillée : un non-licencié ne tire en catégorie B qu’en séance d’initiation, arme fournie par le club, contrôle FINIADA préalable, manipulation sous le contrôle direct d’un encadrant mandaté par le président, liste nominative des participants, et deux séances par période de douze mois au maximum (article R312-43-1). Partout des vérifications préalables, un cadre écrit, une responsabilité identifiée ; nulle part une arme qui passe de main en main sur la seule bonne foi.

« De quelles couvertures parlez-vous ? », demande un lecteur. Des deux. Juridique : l’essai de votre arme personnelle ne s’adosse à aucun texte, là où l’arme de club en a un. En responsabilité : en cas d’accident, c’est le propriétaire, gardien de l’arme, qui répond civilement, et pénalement en cas d’imprudence. Qu’aucune condamnation ne soit connue pour un simple essai entre titulaires, nous l’accordons : la tolérance existe au pas de tir. Mais une tolérance n’est pas un droit, et toute la facture arrive le jour où tout va mal : chez le propriétaire.

En règle ne veut pas dire à l’abri

Sur le transport, un lecteur nous oppose l’affaire du Mont Saint-Michel, et nous l’en remercions : elle prouve exactement ce que nous écrivions. Le 30 août 2016, un tireur sportif de 65 ans venu du Loir-et-Cher, en vacances dans la Manche, se présente à l’entrée du Mont et signale spontanément au gendarme le Colt Python 357 Magnum sécurisé dans son sac : hors de question de le laisser dans la voiture, à la merci d’un vol. Le gendarme vérifie l’arme, en réfère à sa hiérarchie et le laisse entrer. L’homme est néanmoins entendu, et l’infraction relevée malgré la licence et l’autorisation de détention présentées sur place : citation pour port d’arme prohibé. Le 9 novembre 2016, dix semaines plus tard, le vacancier, trente-huit ans de tir derrière lui, explique au tribunal correctionnel qu’il pratique sa passion pendant les vacances et ne veut pas laisser son arme sans surveillance. Le ministère public estime le transport légitime et requiert lui-même la relaxe ; le tribunal relaxe. Il aura tout de même fallu une procédure complète pour solder une visite touristique.

Voilà le point que nous maintenons mot pour mot. L’article L317-8 punit le transport « sans motif légitime » de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende pour une catégorie B, « même s’il en est régulièrement détenteur » : c’est écrit noir sur blanc. La licence de tir vaut titre de transport légitime pour la pratique du sport, dit l’article R315-2 ; mais que le déplacement se rattache ou non à cette pratique, c’est un juge qui l’apprécie, au cas par cas, après coup. S’y ajoute une règle de forme que personne ne conteste : pendant le trajet, l’arme ne doit pas être immédiatement utilisable, par démontage d’un élément ou dispositif équivalent. Nous n’avons jamais écrit qu’un détour était illégal : nous avons écrit qu’il « fragilise » la protection du tireur. Le vacancier du Mont Saint-Michel, relaxé après procès, en est la parfaite illustration : être dans son droit n’a pas empêché la poursuite. Une relaxe est une décision d’espèce, rendue par un tribunal, un jour donné, sur un dossier donné : elle prouve précisément que la question se plaide. Entre plaider sa bonne foi à l’audience et ne jamais avoir à le faire, nous continuerons de recommander la seconde option.

Le coffre se juge après le vol

Sur la conservation, on nous rétorque que rien n’interdit de laisser son coffre ouvert quand on est chez soi en train de ranger. Évidemment. Ce n’était pas notre propos. L’article R314-3 impose de conserver armes et munitions de catégorie B dans des coffres-forts ou armoires fortes « adaptés au type et au nombre de matériels détenus », ou en pièce forte, sans alternative ; et l’article R314-2 impose à tout détenteur de « prendre toute disposition de nature à éviter l’usage de ces armes par un tiers ». Une obligation générale, appréciée au cas par cas, par le juge comme par le préfet. C’est justement parce qu’elle s’apprécie au cas par cas que le rappel valait d’être fait : les neuf armes volées fin août à Lyon l’ont été dans une armoire qui n’était pas verrouillée. Après un cambriolage, les conditions de conservation sont systématiquement examinées, et des autorisations peuvent tomber, dessaisissement des armes à la clé. Le coffre ouvert cinq minutes n’a jamais mené personne au tribunal ; celui resté ouvert pendant les courses expose, lui, jusqu’au retrait des autorisations.

Ce que personne n’a contesté

Un mot, enfin, sur les points de l’article que les commentaires ont laissés intacts, et pour cause : les textes sont sans angle mort. Les quotas de munitions, 1 000 détenues au maximum par arme de catégorie B pour 3 000 acquises par an, s’imposent depuis le 1er janvier 2024 ; le plafond s’entend par arme, pas au global du râtelier, et les éléments de rechargement n’y entrent pas. La cession d’une arme entre particuliers passe obligatoirement par un armurier ou un courtier agréé depuis 2018, contrôle FINIADA et enregistrement SIA compris : le reçu sur papier libre entre amis n’a jamais protégé ni le vendeur ni l’acheteur. Et sans licence validée au 1er décembre, le protocole fédéral est formel : les autorisations de détention deviennent caduques, trois mois pour se dessaisir. Trois des six situations n’ont même pas été discutées : voilà pour l’article prétendument truffé d’approximations.

Pourquoi le débat, alors ?

Parce que le droit des armes ne se lit pas avec les réflexes du droit commun, et c’est le vrai enseignement de cette controverse. « Pas interdit, donc autorisé » vaut partout, sauf dans un régime d’autorisation préalable. Une relaxe prouve qu’un tribunal a tranché, pas que la question ne se posait pas. Une tolérance de pas de tir, aussi ancienne et générale soit-elle, n’est pas un droit opposable. Trois réflexes parfaitement sains ailleurs, et trompeurs ici : voilà pourquoi tant de tireurs, sincèrement et de bonne foi, pensent que nous avons tort. Car le droit des armes s’écrit à trois étages. En bas, les textes : précis, mouvants, moins bavards qu’on ne le croit. Au milieu, le juge, qui remplit les mots ouverts, « motif légitime », « toute disposition », au cas par cas. En haut, les préconisations, fédérales ou préfectorales, souvent plus strictes que le texte et répétées jusqu’à passer pour la loi. La plupart des règles récitées au club-house viennent de l’étage du haut ; la plupart des ennuis se jouent à celui du milieu. Les commentaires restent ouverts, et nous continuerons d’y répondre comme ici : le code à la main. À vos textes.

 

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La plupart des tireurs sont hors la loi sans le savoir

Prêter son pistolet au stand, s’arrêter en rentrant du tir, revendre une carabine à un camarade de club : six gestes banals qui mettent des tireurs de bonne foi en infraction. Faites le test.

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Par

Yoan Duvel

Le tireur sportif français évolue dans l’un des cadres légaux les plus stricts d’Europe : autorisations individuelles, avis fédéral, fichiers croisés, coffre-fort, quotas. Et pourtant, dans chaque club, des gestes d’une banalité absolue placent régulièrement des tireurs de parfaite bonne foi en infraction caractérisée. Non par négligence, mais parce que la réglementation a beaucoup bougé ces dernières années (2018, 2023, 2024) et que les habitudes de pas de tir ont la vie dure.

Six situations que tout le monde a vécues ou observées. Faites le test : rares sont ceux qui ne cochent aucune case.

Vous faites essayer votre pistolet

Un dimanche au stand, un camarade de club admire votre nouveau 9 mm. Vous lui tendez l’arme, il tire quelques cartouches sous vos yeux. Geste naturel, pratiqué partout… et zone rouge juridique. L’autorisation de détention d’une arme de catégorie B est strictement individuelle : elle permet à son titulaire, et à lui seul, de détenir cette arme. Aucun texte ne prévoit le prêt d’une arme de catégorie B entre particuliers, rappelle l’Union française des amateurs d’armes : ce que la réglementation organise, c’est tout autre chose, à savoir la mise à disposition des armes appartenant à l’association, dans l’enceinte du stand et sous le contrôle de l’encadrement. Votre pistolet personnel entre les mains d’un tiers, même licencié, même détenteur lui-même, même à un mètre de vous, ne bénéficie d’aucune de ces couvertures. Le sujet fait débat dans tous les club-houses, précisément parce que personne n’imagine que ce geste-là pose problème.

Vous vous arrêtez en rentrant du stand

La séance terminée, un crochet par le centre commercial, l’arme rangée dans le coffre de la voiture. Le code de la sécurité intérieure est ici d’une sévérité que beaucoup découvrent au pire moment : son article L317-8 punit le transport « sans motif légitime », « même s’il en est régulièrement détenteur », de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende pour une arme de catégorie B, deux ans et 30 000 euros pour une catégorie C. Être en règle chez soi ne protège donc pas sur la route. Le motif légitime du tireur sportif, c’est le trajet : domicile, stand, compétition, armurier, licence en cours de validité à l’appui. Un détour prolongé sans justification fragilise cette protection. S’y ajoutent les règles de forme, arme déchargée et non immédiatement utilisable, munitions à part, le tout hors de la vue, détaillées dans notre point complet sur le stockage et le transport.

Vous avez trop de cartouches d’avance

L’achat groupé du club, la promotion sur les 9 mm, et la réserve qui enfle. Depuis le 1er janvier 2024, en application du décret du 3 juillet 2023, la règle est nette, décortiquée par l’UFA : 1 000 munitions détenues au maximum par arme de catégorie B, pour un droit d’acquisition annuel porté à 3 000 par arme. Le quota s’entend par arme, et non au global du râtelier. Les éléments de rechargement, eux, ne sont pas comptabilisés. Beaucoup de tireurs réguliers flirtent avec le plafond sans jamais avoir compté leurs boîtes.

Vous vendez votre carabine à un ami

Un grand classique du club-house : la 22 LR cédée de la main à la main, entre gens qui se connaissent depuis vingt ans, parfois avec un reçu sur papier libre pour se rassurer. C’est illégal depuis 2018 : toute cession d’arme entre particuliers doit passer par un armurier ou un courtier agréé, qui vérifie que l’acquéreur n’est pas inscrit au FINIADA, contrôle ses titres (licence et certificat médical, ou permis) et enregistre la transaction dans le SIA. La vente directe expose le vendeur comme l’acheteur, quelle que soit leur bonne foi. La marche à suivre est détaillée dans notre guide de l’acquisition d’une arme de catégorie C.

Votre coffre ferme mal

À Lyon, fin août, neuf armes ont été volées chez un tireur sportif : elles étaient rangées dans une armoire qui n’était pas verrouillée. Le rappel vaut d’être fait en début de saison. Pour les catégories A et B, la conservation impose le coffre-fort ou l’armoire forte, munitions stockées séparément. Pour la catégorie C, le code admet des alternatives : démontage d’un élément essentiel conservé à part, ou dispositif empêchant l’enlèvement de l’arme. Une clé restée sur la porte, un coffre non verrouillé « pour cinq minutes », une culasse posée dans le tiroir voisin : autant de conservations non conformes. Et en cas de cambriolage, au préjudice s’ajoutent l’examen des conditions de stockage et la remise en cause possible des autorisations.

Votre licence attend octobre

La saison 2026-2027 s’est ouverte ce 1er septembre et le renouvellement de licence n’est pas qu’une formalité sportive. Le protocole fédéral est sans ambiguïté : sans licence validée au 1er décembre, les autorisations de détention des armes de catégories A et B deviennent caduques, et leur titulaire dispose de trois mois pour se dessaisir de ses armes. Chaque année, des tireurs qui ont simplement tardé à repasser au club le découvrent en janvier, devant le fait accompli.

Combien de cases cochées ?

Peu de tireurs sortent indemnes de cette liste, et c’est le vrai sujet : une réglementation qui change plus vite que les habitudes fabrique des infractions sans intention. La bonne nouvelle, c’est que tout se régularise simplement : un passage chez l’armurier pour la cession en attente, un tri dans les caisses de munitions, un coffre refermé à clé, une licence renouvelée sans attendre novembre. Le prochain contrôle, lui, ne préviendra pas.

 

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Gironde : des tireurs cambriolés, l’ombre des fuites de données

Vendredi, au Haillan, des cambrioleurs ont dérobé en deux heures les armes de tireurs sportifs, pourtant rangées en coffres-forts scellés. Une question dérange : les fuites de données qui frappent le monde du tir depuis un an guident-elles les voleurs ?

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Par

Patrick H

Deux heures ont suffi. Vendredi 21 août, entre 14 h et 16 h, une maison de la rue Jacques Brel au Haillan, dans la banlieue ouest de Bordeaux, a été cambriolée : les voleurs sont repartis avec des armes pourtant rangées dans des coffres-forts scellés, ainsi que des bijoux et de l’argent liquide, d’après les informations d’actu Bordeaux confirmées par la police nationale. Les occupants sont des tireurs sportifs. Et une question s’impose, que beaucoup de détenteurs légaux se posent depuis des mois : les cambrioleurs frappent-ils au hasard, ou les fuites de données qui se succèdent dans le monde du tir leur servent-elles de repérage ?

Un casse éclair en plein après-midi

Le mode opératoire ne ressemble pas à un cambriolage d’opportunité. L’intrusion a eu lieu en pleine journée, dans un créneau étroit, et les malfaiteurs sont allés droit aux armes malgré leur rangement en coffres scellés. Une camionnette blanche dépourvue de plaque d’immatriculation et deux individus ont été aperçus lors des faits, toujours selon actu Bordeaux. À ce stade, rien ne prouve que les victimes aient été ciblées en raison de leur qualité de tireurs sportifs : l’enquête ne fait que commencer, et la prudence s’impose. Mais le contexte, lui, est tout sauf anodin.

Un an de fuites en série

Si l’hypothèse d’un vol guidé par les données revient avec autant d’insistance, c’est que la liste des incidents s’est dangereusement allongée. Dès l’automne 2024, au moment du passage mouvementé d’ITAC à EDEN, nous nous inquiétions de la robustesse des systèmes informatiques de la FFTir. En octobre 2025, la fédération a effectivement été victime d’un vol de données touchant ses licenciés.

Le coup le plus rude est venu ensuite du fichier national lui-même. Fin mars 2026, un pirate a revendiqué la mise en vente de données liées à 62 511 armes, avec des informations détaillées sur les propriétaires et les transactions, une annonce repérée par le site spécialisé FrenchBreaches. Le Service central des armes et explosifs (SCAE), qui administre le Système d’information sur les armes au ministère de l’Intérieur, a confirmé un accès frauduleux au compte professionnel d’une entreprise utilisatrice du SIA : le point d’entrée serait le Livre de police numérique d’un armurier, dont les identifiants avaient été compromis. Précision importante, souvent perdue dans les résumés : le système central du SIA n’a pas été directement piraté, c’est un compte périphérique qui a été forcé. Pour les détenteurs dont le nom, l’adresse et la liste des armes figurent dans les données extraites, la nuance technique est toutefois de peu de réconfort.

Dernier épisode en date, début août : l’armurerie Lavaux, poids lourd de la vente en ligne, a confirmé une cyberattaque ayant exposé les données de commandes de ses clients depuis 2025, soit plus de 90 000 personnes selon FrenchBreaches. Identités, numéros de téléphone, adresses de livraison et détail des produits achetés sont concernés ; les numéros SIA, pièces d’identité et données bancaires ont en revanche été épargnés, et l’enseigne a notifié la CNIL et porté plainte. Reste que savoir qui a acheté quoi, et à quelle adresse le faire livrer, est très exactement le genre d’information dont rêve un cambrioleur.

Un scénario écrit d’avance

Le risque n’a rien d’une théorie de comptoir : il est couché noir sur blanc au Journal officiel depuis le printemps. Dans une question écrite publiée le 7 avril 2026, le député du Var Frank Giletti alertait le ministre de l’Intérieur sur les conséquences concrètes de la fuite liée au SIA pour les détenteurs légaux : « tentatives d’escroquerie par hameçonnage, usurpation de qualité, voire repérage en vue de cambriolages ciblés visant des armes détenues à domicile ». Quatre mois et demi plus tard, la question n’a toujours pas reçu de réponse publiée.

Entre-temps, les faits divers se sont chargés du commentaire. Le 15 août, neuf armes étaient dérobées dans l’appartement d’un tireur sportif à Lyon, pour un préjudice estimé à 15 000 euros. Six jours plus tard, Le Haillan. Deux affaires, deux régions, et aucun lien établi par les enquêteurs à ce jour : il serait malhonnête d’affirmer que les fuites de données ont armé la main des voleurs. Mais la répétition de cambriolages visant précisément des tireurs sportifs, quelques mois après la dispersion de fichiers contenant noms, adresses et inventaires d’armes, interroge légitimement.

Se protéger, maintenant

Les données qui ont fui ne reviendront pas. La seule variable qui reste entre les mains des tireurs, c’est la difficulté de la cible. Quelques réflexes s’imposent plus que jamais :

  • Le coffre-fort ou l’armoire forte, solidement fixés, restent la base : l’affaire du Haillan rappelle qu’ils ne rendent pas le vol impossible, mais ils le ralentissent et le compliquent. Séparer le stockage des armes de celui des munitions ajoute un obstacle.
  • La discrétion est une protection : éviter d’afficher sa qualité de tireur sur les réseaux sociaux, sur sa boîte aux lettres ou son véhicule, et rester sobre sur les livraisons de matériel à domicile.
  • Vigilance maximale face à l’hameçonnage : après les fuites, des courriels frauduleux se réclamant du SIA, de la FFTir ou d’une armurerie peuvent chercher à récupérer identifiants ou informations complémentaires. Aucun organisme ne demande vos codes par courriel.
  • En cas de vol, chaque heure compte : dépôt de plainte immédiat avec marques, modèles et numéros de série, puis déclaration du vol dans son espace personnel SIA, afin que les armes soient signalées.

L’enquête girondine dira si les cambrioleurs du Haillan savaient précisément où ils mettaient les pieds. En attendant, une certitude : entre les fichiers fédéraux, le SIA et les boutiques en ligne, les tireurs français ont rarement eu autant de raisons de soigner à la fois leur serrure et leur hygiène numérique.

 

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