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Le tir français pleure Julien Boutmard

La FFTir a annoncé lundi la disparition de Julien Boutmard, entraîneur national des juniors pistolet et ancien international de pistolet de précision, emporté par la maladie à 46 ans. Hommage à un homme qui a consacré sa vie à faire grandir les jeunes tireurs.

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Julien Boutmard souriant au pas de tir, en veste de l'équipe de France

La nouvelle est tombée lundi sur le site de la Fédération française de tir, au premier jour ou presque de la nouvelle saison : Julien Boutmard s’est éteint samedi 29 août au soir, à 46 ans. Entraîneur national des juniors pistolet, ancien international de pistolet de précision, il laisse la communauté du tir sportif en deuil, des pas de tir du Loiret où tout a commencé jusqu’au pôle France de Bordeaux où il accompagnait la relève. L’annonce tombe au moment même où les stands rouvrent leurs portes et où les licences se renouvellent : une rentrée que des générations de jeunes pistoliers passés entre ses mains aborderont avec une pensée pour lui.

« C’est avec une immense tristesse que la Fédération française de tir a appris le décès de Julien Boutmard, survenu samedi 29 août au soir, à l’âge de 46 ans », écrit la fédération, qui a mis son hommage en tête de ses actualités.

D’Amilly à l’équipe de France

Julien Boutmard avait rencontré le tir à 10 ans, en 1990, au club d’Amilly, dans le Loiret. La rencontre a façonné toute une vie. Devenu pistolier de haut niveau, il a porté les couleurs de l’équipe de France de pistolet de précision « au sein d’une génération qui marquera durablement la discipline », écrit la fédération dans son hommage, avant de choisir très tôt sa seconde carrière, celle qui lui ressemblait le plus : transmettre.

Faire grandir les jeunes tireurs

Titulaire de tous les diplômes d’entraîneur, il a d’abord donné plus de quinze ans à la ligue régionale de tir du Centre-Val de Loire et à son club, le Cercle Jules Ferry. Adjoint technique régional à partir de 2005, il prend en 2008 la direction du centre de tir régional, rappelle la ligue dans son propre hommage. C’est là qu’il crée ObjecTir, le parcours de détection des jeunes talents, et lance les Grands Prix de France, des compétitions ouvertes au niveau international.

La Fédération française de tir se l’attache dès 2018, puis complètement en 2021 : entraîneur des cadets, puis des juniors, avant de rejoindre le pôle France de Bordeaux et les collectifs juniors. Toute une génération de jeunes pistoliers français est passée entre ses mains, portée par une conviction que la fédération résume en une phrase : accompagner et faire grandir les jeunes tireurs.

« Honnête, franc, volontaire et courageux »

Les mots des uns et des autres se rejoignent. La fédération retient « sa bonne humeur, son honnêteté, son sourire et sa bienveillance », le portrait d’un homme qui faisait progresser autant qu’il accompagnait. La ligue du Centre-Val de Loire, dont l’hommage circule depuis dimanche soir dans les clubs et sur les forums de tireurs, le décrit « honnête, franc, volontaire et courageux » et salue un homme « profondément apprécié pour sa générosité, son amitié et son engagement ». En 2022, la FFTir l’avait élevé au rang de Chevalier des mérites fédéraux, reconnaissance d’un engagement total pour le tir sportif.

Atteint d’un cancer depuis plus d’un an, Julien Boutmard a affronté la maladie « avec une grande force et une détermination remarquable, malgré les rémissions et les rechutes », témoigne la ligue. « Julien s’est battu contre la maladie avec un courage que tous ceux qui l’ont vu lutter n’oublieront pas », salue de son côté la fédération, qui adresse, avec le directeur technique national Gilles Muller et toute la direction sportive, ses condoléances à sa famille.

La rédaction de Cibles présente ses sincères condoléances à ses proches.

 

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Le jour où Kalachnikov a tiré au M16

En mai 1990, les pères de l’AK-47 et de l’AR-15 se rencontraient pour la première fois, invités par le Smithsonian. Récit d’un sommet Est-Ouest au pas de tir.

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David Hemda

Un matin de mai 1990, sur un stand de tir de Virginie, un homme de 70 ans épaule un M16 sous l’œil de son concepteur ; un Californien de 67 ans lui rend la politesse avec un AK-47. Mikhaïl Kalachnikov et Eugene Stoner, pères des deux fusils les plus répandus de la planète, viennent de se rencontrer pour la première fois de leur vie. La guerre froide s’achève à peine, et ce sommet Est-Ouest que personne n’avait songé à organiser, un musée l’a rendu possible.

Deux carrières en miroir

Tout oppose les deux hommes, sauf l’essentiel. Mikhaïl Kalachnikov, né en 1919 dans une famille paysanne de Sibérie, est sergent de chars quand il est grièvement blessé près de Briansk, en octobre 1941. C’est sur son lit d’hôpital qu’il commence à griffonner des mécanismes d’armes automatiques. Son fusil d’assaut est adopté par l’Armée rouge en 1947 : l’AK-47 était né, et son auteur passera toute sa carrière dans les usines d’Ijevsk, dans l’Oural.

Eugene Stoner, né en 1922, a servi dans l’aviation des Marines dans le Pacifique, où il s’occupait de l’armement des appareils. Ingénieur sans diplôme d’ingénieur, il rejoint dans les années 1950 la petite société californienne ArmaLite, où il dessine l’AR-10 puis l’AR-15, qui deviendra le M16 de l’armée américaine dans les années 1960. Ni l’un ni l’autre n’est passé par une grande école : deux autodidactes, formés par la guerre et l’atelier, qui ont chacun armé la moitié du monde.

Le pari d’un conservateur de musée

L’artisan de la rencontre s’appelle Edward Ezell. Historien des armes légères, auteur de « The AK47 Story », il est alors conservateur de la collection nationale d’armes à feu au National Museum of American History de Washington. Ce musée appartient à la Smithsonian Institution, le plus grand complexe muséal et de recherche du monde : fondée en 1846 grâce au legs du chimiste britannique James Smithson, l’institution fédère une vingtaine de musées nationaux américains, du musée de l’Air et de l’Espace au Muséum d’histoire naturelle. Autant dire que l’invitation n’a rien d’une lubie de collectionneur : c’est la mémoire officielle des États-Unis qui convie le père de l’AK-47. Le projet d’Ezell : constituer une histoire orale filmée des grands concepteurs d’armes du 20e siècle, en commençant par les deux plus célèbres, ensemble et face caméra. La perestroïka aidant, l’invitation transmise à Moscou finit par aboutir.

Le 15 mai 1990, Mikhaïl Kalachnikov atterrit à l’aéroport de Washington-Dulles. Eugene Stoner est venu l’accueillir en personne. Poignée de main, sourires, interprètes : aucun des deux ne parle la langue de l’autre, et cela n’aura aucune importance. Comme le raconteront les témoins de la visite, les deux ingénieurs se comprenaient par gestes, un mécanisme entre les mains.

Deux philosophies au pas de tir

Le clou du séjour se joue sur un stand de tir de Virginie, caméras du Smithsonian en batterie. Les deux hommes comparent leurs fusils, les démontent, échangent leurs impressions, puis tirent chacun avec l’arme de l’autre. Les images existent toujours : le musée américain a mis en ligne ces séquences d’archives, où l’on voit le Russe en costume aligner les impacts au M16 pendant que Stoner détaille l’AK avec un respect évident.

La séance résume un demi-siècle de doctrine. D’un côté, l’AK-47 : acier, bois, tolérances généreuses, une mécanique conçue pour fonctionner pleine de boue entre les mains d’un conscrit. De l’autre, l’AR-15 : aluminium et matériaux synthétiques, précision, ergonomie, la confiance américaine dans la technologie. Deux réponses opposées à la même question posée par la Seconde Guerre mondiale, celle du fusil d’assaut universel.

L’estime des vieux rivaux

La rencontre de 1990 n’est pas restée sans lendemain. La même année, Stoner rejoint Knight’s Armament Company, où il conçoit le fusil de précision SR-25, toujours dérivé de son architecture AR. Les deux hommes se recroiseront publiquement, notamment au SHOT Show, le grand salon américain de l’arme, sur le stand de Knight’s : photos côte à côte, poignées de main devant les objectifs, et une complicité que ni l’un ni l’autre ne cherchait à jouer.

Une différence, pourtant, que toute la presse de l’époque a relevée : les royalties de ses brevets ont fait de Stoner un homme riche, quand Kalachnikov, fonctionnaire soviétique, répétait n’avoir jamais vécu que de son salaire et de ses décorations. Aucune amertume publique chez le Russe, qui préférait plaisanter sur le sujet. Eugene Stoner s’est éteint en avril 1997, Mikhaïl Kalachnikov en décembre 2013, à 94 ans, national jusqu’au bout dans son Oural natal.

Les fusils continuent la conversation

Trente-cinq ans plus tard, leurs créations se font toujours face, des arsenaux aux prétoires : l’AR-15 est au cœur des batailles judiciaires américaines, la kalachnikov s’invite jusque dans les faits divers français. Les deux concepteurs, eux, avaient réglé la rivalité en une poignée de main sur un tarmac de Washington : les meilleurs ennemis du 20e siècle s’entendaient, en fin de compte, remarquablement bien.

 

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10 mots d’armes que tout le monde emploie de travers

Gâchette, douille, clip, silencieux : le vocabulaire du tir est truffé de faux amis. Inventaire des dix confusions les plus répandues, et de ce qu’il faut dire à la place.

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Yoan Duvel
Groupe de détente complet Geissele montrant la détente et la gâchette

Le monde du tir a son vocabulaire, et ce vocabulaire a ses pièges. Certains mots sont employés de travers par les journaux, d’autres par les films, quelques-uns par les tireurs eux-mêmes autour de la machine à café du club. À l’heure où les stands accueillent leurs nouveaux licenciés de la rentrée, petit inventaire des dix confusions les plus répandues, sans esprit de chapelle : on a tous dit « gâchette » un jour. Et comme pour les noms des épreuves de poudre noire, chaque mot cache un morceau d’histoire.

1. La gâchette n’est pas la détente

La confusion reine. La pièce sur laquelle le tireur pose l’index s’appelle la détente ; les puristes nomment même queue de détente la partie que touche le doigt. La gâchette existe bel et bien, mais elle se cache à l’intérieur du mécanisme : c’est la pièce qui accroche le chien ou le percuteur armé, et que la pression sur la détente fait décrocher au départ du coup. Le mot vient d’ailleurs de la serrurerie, comme la gâche de vos portes. « Appuyer sur la gâchette » est donc, au sens strict, le travail du mécanisme, pas du doigt.

2. La balle n’est pas la cartouche

Ce que l’on introduit dans une arme, c’est une cartouche : un ensemble complet réunissant l’étui, l’amorce, la poudre et le projectile. La balle n’est que ce dernier élément, celui qui part vers la cible. On ne « met donc pas des balles » dans un chargeur, on y met des cartouches ; et ce que l’on achète en boîte de 50, ce sont encore des cartouches.

3. La douille s’appelle un étui

Le petit cylindre de laiton éjecté après le départ du coup est, en bon français technique, un étui. « Douille » s’est imposé dans le langage courant et dans les séries policières, au point que plus personne ne s’en offusque au stand. Mais dans un manuel de rechargement ou un texte réglementaire, c’est bien le mot étui que vous trouverez.

4. Le clip n’est pas un chargeur

Anglicisme mal digéré. Le chargeur est un boîtier muni d’un ressort qui présente les cartouches à la chambre. Le clip, ou lame-chargeur, est une simple barrette métallique qui regroupe les cartouches pour remplir plus vite un chargeur ou un magasin : lames de cinq cartouches des Mauser, clip en bloc de huit du Garand, éjecté avec son « ping » légendaire. Dire « clip » pour le chargeur d’un pistolet moderne fera tiquer n’importe quel armurier.

5. Le magasin n’est pas le chargeur

Cousin du précédent. Le magasin désigne la réserve de cartouches intégrée à l’arme : tube sous le canon d’une carabine à levier, magasin interne d’une carabine à verrou. Le chargeur, lui, est amovible. La nuance a son importance réglementaire, la capacité des uns et des autres étant encadrée par la loi.

6. Un pistolet « automatique » ne l’est presque jamais

Un pistolet semi-automatique tire un coup, et un seul, à chaque pression sur la détente, en réarmant tout seul. Une arme automatique enchaîne les coups tant que la détente reste pressée : en France, elle relève de la catégorie A2, celle des matériels de guerre, hors de portée des tireurs civils. La confusion vient de loin : au début du 20e siècle, les premiers pistolets à chargement automatique étaient dits « automatiques », et le .45 ACP en garde la trace (Automatic Colt Pistol).

7. Un AR-15 n’est pas un « fusil d’assaut »

Un fusil d’assaut se définit par sa capacité de tir en rafale et sa cartouche intermédiaire. Les AR-15 vendus aux civils sont strictement semi-automatiques : mécaniquement, ce ne sont pas des fusils d’assaut. Quant au sigle AR, il ne signifie ni « assault rifle » ni « automatic rifle », mais ArmaLite Rifle, du nom de la société californienne où Eugene Stoner dessina l’arme dans les années 1950.

8. Le « silencieux » ne rend pas silencieux

Le terme technique et réglementaire est modérateur de son, et il dit bien ce qu’il fait : il modère. Selon les modèles et les munitions, la détonation perd de 20 à 35 décibels, ce qui reste très au-dessus du « plop » feutré du cinéma, sauf à combiner modérateur et munitions subsoniques sur certaines plateformes. Utile pour le voisinage des stands et les oreilles, mais personne ne devient inaudible.

9. Fusil ou carabine ? Une affaire de canon

Dans l’usage français moderne, l’arme d’épaule à canon lisse est un fusil, celle à canon rayé une carabine. Simple ? Pas tout à fait : l’histoire militaire a consacré des « fusils » à canon rayé, du Lebel au FAMAS, et baptisé « carabines » nombre de leurs versions raccourcies. D’où des conversations sans fin au club.

La réglementation ajoute son propre piège : certains fusils à pompe en calibre 12 reçoivent un canon à rayures droites. Parallèles à l’axe de l’arme, ces rayures n’impriment aucune rotation au projectile, donc aucun effet balistique ; mais l’arme cesse d’être « à canon lisse » au sens des textes, ce qui a longtemps permis d’échapper au classement, plus sévère, des fusils à pompe à canon lisse. Un fusil dans les faits, du rayé sur le papier. En cas de doute, regardez l’intérieur du canon plutôt que l’étiquette, en vous rappelant que même le canon, parfois, raconte une histoire de juriste.

10. Le calibre ne dit pas tout

« Du 9 mm » peut désigner du 9×19, du 9×17, du 9×21 : des cartouches différentes, pour des armes différentes. Un .38 Special et un .357 Magnum tirent des balles du même diamètre, environ 9 mm là encore, mais dans des étuis et à des pressions qui n’ont rien à voir. Quant au fameux calibre 12 des fusils de ball-trap, le chiffre ne mesure aucun diamètre : il indique le nombre de balles rondes du diamètre du canon que l’on peut fondre dans une livre de plomb, soit environ 454 g. Plus le chiffre est grand, plus le canon est étroit : un 20 est plus fin qu’un 12.

Ce vocabulaire n’est pas une coquetterie : c’est la langue commune qui permet de se comprendre au pas de tir, chez l’armurier et dans les textes réglementaires. Et si un doute subsiste devant un terme, la solution est toujours la même : demandez à votre moniteur ou à votre armurier. Expliquer, au club, est un sport presque aussi pratiqué que le tir.

 

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Missiles de Bari : MBDA vole au secours de son convoyeur

Avocats et fabricant sont sortis du silence : les trois Akeron saisis en Italie seraient des maquettes d’essais inertes, transportées sous licence. MBDA reconnaît toutefois un marquage défaillant.

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Yoan Duvel
Technicien manipulant des conteneurs de transport de missiles chez MBDA

Une semaine après la révélation de l’affaire, la défense sort du bois. Jeudi 27 août, les avocats de Régis Normand, ce chauffeur français incarcéré depuis juin à Bari après la découverte de trois missiles Akeron dans sa camionnette, et MBDA, leur fabricant, ont livré une tout autre version que celle du parquet italien : pas de trafic, pas d’armes de guerre, mais des maquettes d’essais inertes convoyées sous licence par un transporteur habilité, victime d’un dossier administratif défaillant. La justice italienne, elle, n’a pas rendu sa liberté au chauffeur.

Des maquettes d’essais, selon MBDA

L’homme est « innocent » et victime de problèmes administratifs qui ne sont pas de son fait, ont affirmé jeudi à l’AFP ses avocats et le missilier européen. « Ce sont des maquettes de test inertes, sans élément pyrotechnique. Elles ne présentaient aucun danger », assure MBDA. La position prend le contre-pied de l’ordonnance de placement en détention : les experts de l’armée italienne qui avaient examiné les trois engins les avaient classés, sur les premiers éléments recueillis, comme armes de guerre.

Un porte-parole du groupe, interrogé par France Télévisions, a apporté le même jour une précision qui change la lecture de toute l’affaire : tous les matériels transportés ne portaient pas le marquage signalant l’absence d’ogive. Or c’est précisément ce point qui avait déclenché l’enquête. Les conteneurs arboraient des bandes bleues, code OTAN des munitions inertes, dont les enquêteurs avaient établi qu’il s’agissait d’adhésif amovible recouvrant les bandes jaunes et noires réservées aux charges explosives. Si la version du fabricant est exacte, le fameux ruban bleu ne maquillait donc pas des armes de guerre en matériel d’exercice : il corrigeait, très artisanalement, un marquage d’origine erroné. MBDA souligne par ailleurs que l’entreprise de transport qui emploie Régis Normand était habilitée pour ce type d’acheminement et avait déjà travaillé pour le groupe.

Une licence valable jusqu’en janvier 2027

Sur le terrain du droit, la défense avance une pièce maîtresse. « Le caractère licite de toute l’opération a pour preuve une licence individuelle de transfert émise par le Ministère français des armées, valide jusqu’au 26 janvier 2027, qui autorisait expressément le transport temporaire de ces armes vers leur destination en Grèce », a expliqué à l’AFP l’avocat italien du chauffeur, Fabio Schino. Son confrère français, Elias Stansal, enfonce le clou : « Il ne s’agit en aucun cas d’un trafic d’armes de guerre. Il n’a commis aucune infraction mais depuis bientôt trois mois, il se retrouve plongé au cœur d’une problématique administrative qui le dépasse complètement. »

Détenu depuis le 9 juin, le chauffeur avait présenté au port trois lettres de voiture internationales ; sa défense a ensuite versé au dossier des documents commerciaux ainsi qu’une autorisation délivrée en 2025 par l’État français à MBDA France pour ses activités portant sur du matériel de guerre, rapporte le site spécialisé Aerotime.

Le chaînon crétois

Restait une question laissée en suspens par le premier acte de l’affaire : que faisaient des Akeron sur une île grecque ? Un élément de contexte, passé inaperçu au moment de l’arrestation, éclaire le dossier. Le 2 juin 2026, MBDA et le fabricant de drones grec Altus LSA menaient sur le champ de tir OTAN de Crète (NATO Missile Firing Installation) les premiers essais d’éjection du programme Kerveros : des Akeron MP inertes largués depuis l’Atlas 8, un drone octocoptère de charge lourde appelé à devenir le premier drone d’attaque grec armé de missiles antichars.

Aerotime relève que l’itinéraire et le calendrier du convoi coïncident avec la fin de cette campagne d’essais : arrêté quelques jours plus tard au débarquement d’un ferry venant de Grèce, Régis Normand a toujours déclaré ramener au fabricant des missiles passés par la Crète. Aucune confirmation officielle ne lie à ce stade la cargaison saisie aux essais Kerveros, mais dans un dossier où le parquet s’interroge justement sur l’origine et la destination des engins, le rapprochement a son poids.

Ce qui coince encore à Bari

Pourquoi, alors, l’homme reste-t-il derrière les barreaux ? Parce que la juge Valeria Isabella Valenzi estime que le dossier présenté ne répond pas à toutes les questions : des tampons et des dates discordants dans les documents d’accompagnement, et surtout les autorisations que la loi italienne exige pour faire transiter du matériel militaire, produites ni au port ni devant le tribunal. Le chargement lui-même reste au cœur de l’expertise : cinq conteneurs, dont un vide, un missile d’entraînement dépourvu de guidage, de propulsion et d’ogive, trois Akeron et des tubes de lancement.

Deux lectures s’affrontent désormais frontalement : un fiasco administratif qui vaut un été de prison à un chauffeur, ou un transport d’armes de guerre insuffisamment justifié. Si les déclarations de MBDA se confirment, l’affaire dira moins un trafic que la fragilité des procédures de marquage et de traçabilité des matériels sensibles qui circulent en Europe, entre sites d’essais, bases et usines. En attendant que la justice italienne tranche, la présomption d’innocence s’applique, et un salarié d’une entreprise de transport entame son troisième mois de détention pour des missiles que leur propre fabricant décrit comme incapables de tirer.

 

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